Comment préparer son retour au travail après un congé maternité
Sélim Niederhoffer
Sélim Niederhoffer, auteur et expert carrière à Glassdoor | 9 déc. 2024
Le retour au travail après un congé maternité est une étape importante dans la vie d'une mère et de sa famille. Cette période de transition peut être source d'anxiété et de stress pour la maman qui doit jongler entre sa vie professionnelle et sa vie de parent. Comment préparer son retour au travail ? Comment concilier son rôle de maman et celui de femme active ? Quels sont les droits et devoirs des travailleuses en matière de maternité ? À qui confier son enfant ? Voici nos conseils pratiques aux mères pour un retour au travail serein après un congé maternité.
Retour au travail après un congé maternité : vos droits
En France, les mères bénéficient de droits spécifiques pour leur permettre de concilier vie professionnelle et vie de famille. Voici quelques-uns des droits à connaître pour un retour au travail après un congé maternité :
- Le congé parental d'éducation : les mères ont également droit à un congé parental d'éducation de 6 mois à 1 an, renouvelable jusqu'aux 3 ans de l'enfant. Ce congé permet de s'occuper de son enfant tout en préservant son emploi et ses droits sociaux. Pendant le congé parental, la mère ne perçoit pas de salaire, mais peut bénéficier d'une allocation de la caisse d'allocations familiales.
- L'aménagement du temps de travail : les mères peuvent demander à leur employeur un aménagement de leur temps de travail pour leur permettre de mieux équilibrer vie professionnelle et vie de famille. Cet aménagement peut prendre différentes formes : horaires de travail flexibles, télétravail, réduction du temps de travail, etc.
- La protection contre le licenciement : pendant la grossesse et les 10 semaines suivant l'accouchement, les mères bénéficient d'une protection contre le licenciement. Cette protection peut être prolongée en cas de congé maternité ou de congé parental d'éducation.
- La priorité de réembauche : à l'issue du congé maternité ou du congé parental d'éducation, les mères ont droit à une priorité de réembauche dans leur entreprise ou leur branche professionnelle.
Comment préparer son retour au travail
Voici quelques conseils simples à appliquer et qui devraient vous aider à reprendre le travail dans les meilleures conditions.
Communiquez avec votre employeur
Le secret d’un retour à l’emploi réussi réside dans une bonne préparation et une bonne communication avec votre employeur.
Une entreprise saine et organisée permet une passation en bonne et due forme avec votre remplaçant, avant votre départ en congé maternité et à votre retour. Pour ce faire, pensez à communiquer à votre employeur les dates-clés qui lui permettront de s’organiser et de prévoir votre retour.
Gardez contact avec vos collègues
Pour éviter de vous sentir perdue à votre retour au travail, essayez de garder le contact avec vos collègues et votre manager pendant la durée de votre congé maternité.
Déjeuners entre collègues, courtes visites en salle de pause (si elles sont autorisées), envoi d’un mail et/ou un faire-part de naissance… L’idée est de garder un pied dans l’entreprise en maintenant de bonnes relations avec l’équipe et en se tenant au courant des évolutions (de personnel, de protocole, etc.).
Renseignez-vous sur la politique de l’entreprise en matière de parentalité
Toutes les entreprises ont des obligations légales envers leurs employées ayant des enfants. Néanmoins, dans une politique de motivation et de fidélisation des équipes, certaines entreprises vont au-delà de ce qui est légalement prévu en offrant un congé maternité (ou paternité) plus long, un local dédié à l’allaitement (celui-ci étant théoriquement obligatoire pour les entreprises de plus de 100 salariées), un aménagement des horaires de travail, la possibilité de faire du télétravail plusieurs jours par semaine ou même la réservation d’un berceau en crèche.
Avant de partir en congé, renseignez-vous sur ce qui est mis en place au sein de votre entreprise. Le dialogue est la clé auprès de votre manager et des Ressources humaines.
7 Conseils pour adoucir la séparation de la maman avec le bébé
En plus de devoir se réadapter au monde du travail, les mères qui reviennent de congé maternité doivent faire face à la séparation avec leur bébé. Voici 7 conseils pour adoucir cette transition.
1. Préparer la reprise en douceur
Pour éviter un trop grand choc après une absence de plusieurs mois ou années, vous pouvez reprendre le rythme progressivement.
Le temps partiel peut être une option qui vous permettra de vous remettre dans le bain en douceur. Encore faut-il pouvoir se le permettre financièrement.
Négocier du télétravail vous permet de graduer la séparation avec votre bébé. Mais travailler avec un nourrisson à domicile n’est pas des plus confortables. Si les deux parents sont à la maison, vous pourrez au moins vous répartir la garde du bébé afin de pouvoir vous concentrer pleinement sur ses tâches. Un avantage intéressant du télétravail réside plutôt dans la flexibilité des horaires de travail et la possibilité de déposer et récupérer votre enfant à la crèche aux horaires qui vous correspondent le mieux.
2. Organiser et planifier le quotidien
L’arrivée d’un enfant bouleverse la vie d’un couple. Du jour au lendemain, tout le quotidien doit être repensé pour pourvoir aux besoins du bébé. Et s’il y a déjà des enfants à la maison, une organisation saine du foyer devient vitale.
Pour ce faire, la communication avec votre conjoint est essentielle.
Un premier conseil d’organisation : sur un calendrier, listez les tâches quotidiennes, attribuez-les aux membres de votre famille et répartissez-les sur la semaine ou le mois. Puis, chaque soir, listez les tâches de chacun pour le lendemain.
Pourquoi faire des listes ? Parce qu’écrire ce que vous devez faire permet de vous décharger mentalement, de déterminer les tâches réellement importantes, de les prioriser, de les communiquer et de vous encourager lorsque vous les rayez une à une.
Ce système fonctionne encore mieux quand toute la famille est impliquée : conjoint, grands enfants et grands-parents peuvent tous prendre en charge une part des responsabilités du quotidien, pourvu qu’elles leurs soient adaptées.
Pour obtenir l’adhésion de tous et la maintenir sur le long terme, pensez à « gamifier » votre approche : planning coloré à afficher sur le frigo et récompenses individuelles et collectives peuvent vous aider à rendre le quotidien plus fluide.
Un autre truc simple : préparez (ou faites préparer) les vêtements de toute la famille la veille pour éviter les drames de dernière minute avant le départ.
En bref, chaque famille trouve l’organisation qui lui convient. Il s’agit surtout de trouver celle qui permet de répartir les tâches tout en permettant à chacun de s’épanouir au sein du foyer, plutôt que rentrer dans une routine restrictive et punitive. À vous de trouver, ensemble, l’équilibre entre organisation millimétrée et bazar généralisé.
3. Trouver un mode de garde adapté et de confiance
Trouver un mode de garde de confiance, adapté aux besoins des parents et de l’enfant, est une priorité des parents. La séparation avec l’enfant est un moment sensible qui, de nos jours, intervient très tôt dans la vie du bébé, ce qui rend encore plus difficile l’acte de confier son enfant à autrui.
Choisissez donc consciencieusement la personne à qui vous confierez votre bébé. Crèches, maisons d’assistants maternels (MAM) et assistantes indépendantes sont les moyens de garde les plus courants.
Pour en savoir plus sur leur qualité d’accueil, renseignez-vous sur les forums et les réseaux sociaux (groupes Facebook locaux). Vous aurez facilement accès à des informations de première main.
Bien sûr, organisez des visites des établissements ou des rencontres avec les nounous qui ont retenu votre attention. Vous pouvez préparer une liste de questions importantes pour être certain de choisir le meilleur pour votre enfant : quel encadrement, quel type d’activités sont proposées, comment se passe la restauration, etc.
Toutefois, il n’est pas toujours facile de s’assurer une place en crèche. Dans certaines villes, les services communaux recommandent même aux parents de s’inscrire sur liste d’attente dès la naissance de l’enfant, soit des mois en avance. Un maître-mot : l’anticipation.
Évidemment, les grands-parents forment un soutien précieux et une continuité du lien familial.
Votre employeur peut aussi vous aider à réserver une place en crèche. Lisez la dernière partie de cet article pour en savoir plus sur ce sujet.
4. Organiser un temps d’adaptation
Pour permettre à la maman et au bébé de s'habituer progressivement à la séparation, prévoyez un temps d’adaptation de votre enfant à son nouveau mode de garde.
Que vous confiiez bébé à papi et mamie, à la nounou ou à la crèche, aidez-le à se familiariser en douceur avec son nouvel environnement quelques jours par semaine, avant la reprise du travail complète.
Certaines structures permettent aux parents de partager un peu de temps sur place avec leur enfant et d’organiser des temps de séparation progressivement plus courts afin d’accueillir les enfants sur un rythme plus soutenu.
Ce temps de transition est aussi un temps de communication. Expliquez à votre enfant comment les choses vont se passer, qui s’occupera de lui et les raisons de votre absence. Même s’il ne comprend pas encore les mots, il est important qu’il les entende pour le rassurer au mieux. Il peut être aussi important de les prononcer pour la maman qui doit également faire ce travail de séparation.
Sachez faire confiance à votre bébé, à vous-même et aux professionnels à qui vous avez confié la garde de votre enfant. Tout se passe généralement très bien et la transition se fait sans difficulté.
Vous pouvez voir avec votre lieu d’accueil si celui-ci peut vous envoyer des photos ou des vidéos de votre enfant au cours de la journée pour vous aider à maintenir le lien avec lui.
5. Tirer partie de l’entretien de retour au travail
Le Code du travail prévoit une série de mesures destinées à faciliter le retour des jeunes mamans au bureau. L’article L6315-1 prévoit qu’un « entretien professionnel […] est proposé systématiquement au salarié qui reprend son activité à l'issue d'un congé de maternité ».
Cet entretien avec l’employeur est consacré aux perspectives d’évolution professionnelle et ne constitue pas une évaluation du salarié. C’est donc l’occasion de faire le point sur vos missions, les éventuelles évolutions du service en votre absence ou vos envies professionnelles.
Abordez tous les sujets importants pour vous et n’hésitez pas à formuler vos demandes. Par exemple, obtenir la possibilité de télétravailler (partiellement ou totalement) s’est démocratisé depuis la pandémie de Covid-19. L’employeur n’est pas tenu d’y répondre favorablement, mais vous pourriez être surprise de trouver une écoute plus attentive que vous ne le pensiez.
Cet entretien peut aussi être le moment d’aborder le mode de garde de bébé, si vous n’avez aucune solution durable. Votre entreprise peut vous aider à trouver une place en crèche inter-entreprises !
Par ailleurs, cet entretien donne lieu à la rédaction d’un document dont une copie doit vous être remise. Si votre employeur ne le propose pas spontanément, faites-en la demande. Par ailleurs, une visite médicale de reprise peut également être réalisée par la médecin du travail, dans les 8 jours qui suivent la reprise.
6. Anticiper la poursuite ou la fin de l’allaitement
Le choix de la poursuite ou non de l’allaitement est un point important. L’OMS et l’UNICEF recommandent que les enfants soient nourris exclusivement au sein pendant les six premiers mois de leur vie. Or, le congé maternité en France n’est « que » de 16 semaines, soit 4 mois.
Toutefois, l’article L224-2 du Code du Travail indique : « Pendant une année à compter du jour de la naissance, les mères allaitant leurs enfants disposent à cet effet d’une heure par jour durant les heures de travail ». En clair, vous disposez d’une pause de 30 minutes le matin et d’une pause de 30 minutes l’après-midi soit pour allaiter votre enfant, soit pour tirer votre lait au bureau. N’étant pas considérée comme du travail effectif, cette pause n’est pas rémunérée, sauf convention particulière au sein de l’entreprise.
Par ailleurs, les entreprises de plus de 100 salariées ont obligation de mettre à disposition un local dédié à l’allaitement. Si celui-ci est situé dans les locaux de l’entreprise, la pause est réduite à 20 minutes le matin et 20 minutes l’après-midi.
Cette pièce doit répondre à des normes strictes en matière de santé et sécurité au travail pour le confort des jeunes mamans. Elle doit notamment disposer d’un point d’eau ou se situer à proximité des sanitaires, disposer de sièges adaptés et être maintenue en état de propreté constant.
Dans les faits, il n’est pas rare que les mamans soient obligées de tirer leur lait aux toilettes. Les choix de société en cours en France ne permettent donc difficilement de concilier travail des mamans et alimentation directement au sein.
Quelles sont donc vos autres options ?
Option 1 : allaiter jusqu’à la reprise du travail, puis tirer le lait de la maman pour nourrir le bébé au biberon. Dans ce cas, attention aux montées de lait qui peuvent être gênantes et douloureuses sur le temps de travail.
Option 2 : sevrer le bébé. Pour cela, diminuez le nombre de tétées progressivement sur plusieurs jours pour une transition en douceur vers le biberon.
Dans les deux cas, prévoyez un temps de transition avant la reprise du travail pour habituer votre enfant au biberon, qu’il soit rempli de lait maternel ou infantile.
Évidemment, demandez conseil à votre médecin.
7. Prendre soin de soi
Un dernier conseil : ces premiers moments sans bébé avant la reprise du travail sont aussi l’occasion de vous accorder du temps.
Sorties entre amies, concerts, soins détente, salle de sport, lecture, déjeuners en amoureux… Saisissez les occasions de recharger les batteries et de nourrir votre jardin intérieur pour vous épanouir individuellement. Le bonheur de bébé passe aussi par le bonheur de sa maman.
Trouver une place en crèche inter-entreprises : comment la demander à mon employeur ?
Votre entreprise, petite ou grande, peut vous aider à trouver une place en crèche par le biais des crèches inter-entreprises.
Le salarié se voit proposer une place dans une crèche privée au prix d’une crèche municipale (la famille paie en moyenne 25 % du prix de la place). L’employeur prend en charge le service de recherche et de réservation.
Une disposition qui présente des avantages non-négligeables pour l’employeur. Pourquoi ne pas aborder les points suivants avec lui avant votre départ en congé maternité ?
Une famille qui bénéficie d’une place en crèche sera plus apte à se concentrer pleinement sur son travail et être globalement plus disponible, même pendant les vacances scolaires, compte-tenu de l’amplitude horaire de ce mode de garde.
Bien sûr, avancez l’argument financier car l’employeur peut y voir un surcoût non prévu au budget. Faites valoir que des aides spécifiques de l’État et des avantages fiscaux existent pour les entreprises (crédit d’impôt famille pouvant atteindre 50 % de la place en crèche et abattement fiscal de 15 à 28 %).
Sélim Niederhoffer
Sélim Niederhoffer est un auteur expert sur le sujet de la carrière et de l'emploi pour le blog de Glassdoor. Découvrez son expérience et ses articles.



