Comment reconnaître un environnement de travail toxique ?

Comment reconnaître un environnement de travail toxique ?

Sélim Niederhoffer

Sélim Niederhoffer

Sélim Niederhoffer, auteur et expert carrière à Glassdoor | 18 févr. 2025

Qu’est-ce qu’un environnement de travail toxique ? Comment savoir si vous travaillez dans une ambiance de travail malsaine ? Comment se comporter avec un collègue ou un manager toxique ? Dans cet article, découvrez 15 signes que vous évoluez dans un environnement de travail toxique et les meilleures solutions pour mettre fin à cette situation.

Qu’est-ce qu’un environnement toxique ?

Un environnement toxique est une situation malsaine. Celle-ci influence négativement les travailleurs et peut aller jusqu’à altérer leur santé. Finalement, c’est toute l’entreprise qui pâtit d’attitudes toxiques ou de sa propre culture malsaine.

Pourtant, en théorie, tout collaborateur a intérêt à préserver un environnement de travail sain. Quels employés se lèvent le matin en jurant qu’ils passeront leur journée à pourrir leur entourage ? Or, les pratiques nocives font régulièrement parler d’elles, profitant de la caisse de résonance des réseaux sociaux pour alerter l’opinion et faire évoluer les choses.

Sur Twitter et Instagram, le hashtag #balancetonagency est dédié à la dénonciation des comportements toxiques, propos déplacés, discriminatoires, harcèlement et agressions morales ou sexuelles relevés dans les agences de publicité. Le compte totalise plus de 300 000 abonnés sur Instagram.

Mais, loin de la justice du net, encore faut-il pouvoir détecter les signaux et autres drapeaux rouges qui trahissent un environnement ou une relation de travail toxique.

Le problème avec une environnement de travail toxique

La difficulté quand vous êtes face à une ambiance de travail toxique, c’est que vous pouvez mettre du temps avant de vous rendre compte de cette situation malsaine.

Puisque le monde du travail consacre la performance, vous pouvez penser que « c’est le prix à payer ». Et si en plus, vous manquez de confiance en vous, vous pouvez penser que vous êtes le problème et ressentir une forme de culpabilité.

Si une remise en question saine est toujours envisageable, des comportements et des signes d’un collègue de travail ou d’une entreprise toxique peuvent être observés.

Comment savoir si vous travaillez dans un environnement de travail toxique ? 15 signes qui ne trompent pas

Voici 15 signes que vous évoluez dans un environnement de travail toxique. Certains doivent vous alerter plus que d’autres. Parfois, c’est une accumulation de signaux qui fait la situation malsaine et intenable.

1. Le grand écart entre les déclarations et les actions

L’écart entre les valeurs affichées et les actions, entre le dire et le faire, entre les promesses et les solutions réellement apportées est un signe de dysfonctionnement notable.

Une entreprise ou un collègue qui promeut des valeurs de respect tout en agissant par manque de considération place ses destinataires dans une dissonance cognitive intenable. Trouver du sens à des injonctions paradoxales, des consignes contradictoires requiert une énergie immense et peut mener à la folie.

Ce type de comportement nuit rapidement à la confiance. Le responsable court le risque de perdre l’engagement et l’implication de ses collaborateurs.

2. Absence de communication

Une entreprise ou une direction toxique enferme et empêche la parole. Au lieu de prendre en compte les remises en question, elle enfouit les problèmes sous le tapis et peut aller jusqu’à sanctionner le collaborateur qui lance l’alerte.

Au contraire, une entreprise saine valorise la communication et met en place des processus internes qui permettent de faire circuler les idées, libérer la parole et favoriser les remises en question.

Une hiérarchie compétente est à l’écoute des retours de sa base et des collaborateurs extérieurs. Elle a conscience qu’une critique, lorsqu’elle est argumentée, n’est qu’un constat sur l’état d’une situation et doit être prise en compte pour être résolue.

Un interlocuteur mature sait reconnaître un commentaire constructif comme un cadeau et une opportunité de s’améliorer. Un principe essentiel qui permet d’améliorer les process et la cohésion interne.

À défaut, un manque de communication crée un climat de méfiance entre tous. Une situation loin d’être optimale pour s’épanouir et faire progresser l’entreprise.

3. Absence de solution à un problème donné

Conséquence du point précédent, ignorer les problèmes contribue à faire perdurer une situation impossible et la faire endurer à des collaborateurs qui n’ont rien demandé.

Vous signalez un dysfonctionnement grave et avéré mais votre hiérarchie n’agit pas pour arranger la situation ? Ignorer des remontées et la mise en place de solutions souvent simples est la méthode la plus efficace pour créer frustration et rancœur des collaborateurs à l’égard des décideurs de l’entreprise.

Une boîte qui ne soutient pas ses collaborateurs lorsqu’ils en ont besoin est certainement un des plus gros drapeaux rouges existants.

4. Le culte du secret

La culture du secret entre dirigeants, managers et salariés apporte son lot d’inconvénients.

Cela engendre d’abord des erreurs de la part des collaborateurs qui ne disposent pas des informations adéquates à la réalisation de leur mission.

Ensuite, c’est une façon d’infantiliser les salariés qui ne seraient pas assez responsables pour accueillir des informations cruciales pour la bonne santé de l’entreprise. Dans ce cas, pourquoi avoir embauché en premier lieu des collaborateurs en qui la hiérarchie ne peut avoir confiance ?

Résultat : dépourvus de vision sur les conséquences de leurs actions, les salariés prennent de moins en moins d’initiatives. Quand on a peur d’enfreindre une règle non édictée, on n’agit moins par peur des sanctions. À terme, l’entreprise devient un far west dans lequel chacun peut prétendre connaître une règle que l’autre ignore.

Enfin, le manque de transparence dans l’entreprise encourage les comportements de personnes toxiques au travail. Un comportement qui ne favorise pas le sentiment de sécurité au travail.

5. Pas de droit à l’erreur

Comme dans une relation amicale ou amoureuse, un interlocuteur qui se focalise principalement sur les erreurs et ne célèbre que rarement les réussites mène au désengagement généralisé.

Sanctionner la moindre erreur n’invite personne à se dépasser et prendre des risques. C’est encore pire quand les sanctions sont implicites et le collaborateur est mis au placard à son insu.

Or, apprendre c’est se tromper. Ne laisser aucune place à l’erreur, c’est tuer dans l’œuf toute tentative d’évolution et de croissance et à terme, sonner le glas de l’entreprise. Une entreprise qui n’entreprend pas n’est pas une entreprise.

Au contraire, une culture d’entreprise saine saisit l’opportunité d’apprentissage qu’apporte l’échec, sait apporter le soutien nécessaire aux volontés individuelles au nom de la réussite collective.

6. Trouver un coupable à tout prix

Une entreprise saine responsabilise ses équipes. Une entreprise toxique les culpabilise.

Quand la seule chose qui importe est de trouver le fusible à faire sauter, il ne peut pas y avoir de sentiment de sécurité au travail.

En cas de problème, ces comportements poussent les collaborateurs à se défausser et à chercher un bouc émissaire, comme un réflexe de survie pour éviter la sanction de la hiérarchie et la rediriger sur autrui.

Au contraire, autoriser et encourager chacun à prendre ses responsabilités et à reconnaître ses erreurs permet à chacun d’assumer, de lâcher prise et de rectifier le tir.

7. Une culture clanique

S’il est normal que des groupes se forment dans les entreprises par affinités, habitudes ou domaines d’intervention communs, il est anormal de constater une imperméabilité de ces groupes qui deviennent alors des clans.

Une culture clanique favorise les antagonismes et voit les comportements différents comme une menace à la survie de la tribu. Une attitude qui dessert l’intérêt collectif.

Un milieu sain encourage le réseautage, la mise en relation des personnes en dehors de leur cercle habituel, la synergie des qualités interpersonnelles, la réciprocité et la confiance au-delà de l’équipe.

Une organisation dont le système de progression professionnelle repose sur ces clans encourage le favoritisme, le copinage au bureau et les cooptations secrètes sans processus explicite et transparent.

Prêtez donc attention aux exclusions de certains groupes sans raison apparente, aux attributions de projets sans considération pour les compétences requises et à la place des rumeurs dans l’entreprise.

8. Un micro-management omniprésent

Le micro-management correspond à une surabondance de directives envers des employés relégués de fait au rôle de simples exécutants.

Un management omniprésent qui contrôle les moindres faits et gestes de ses salariés est un management qui n’a pas confiance en son équipe.

Un manager compétent sait être présent pour accompagner et encourager son équipe dans la recherche des meilleures solutions.

Un management d’autorité n’est acceptable qu’en situation de crise, pour redresser la barre, sur une courte période de temps.

9. Management absent et direction inaccessible

Tout comme le micro-management, une direction absente est tout aussi toxique pour les salariés.

Les signaux qui doivent vous alerter :

  • L’absence d’accompagnement des équipes dans les phases de transition et de réorganisation,
  • Le manque de réunions régulières pour évaluer la progression dans le poste,
  • Un management évasif, jamais là pour ses équipes, qui laisse les situations se scléroser plutôt que d’apporter des solutions.

10. Empiètement sur votre vie privée

Vous partez à 17h00 et vos collègues vous demandent si vous prenez votre après-midi ? Votre hiérarchie vous appelle soirs et week-ends ? Il y a un problème.

Une entreprise qui vous demande une disponibilité totale au détriment de votre vie privée est particulièrement toxique.

11. Évidences de discrimination

Harcèlement moral ou sexuel et autres discriminations punies par la loi sont des signes évidents de culture toxique, soit de la part d’une personne isolée, soit d’une culture d’entreprise permissive.

Reste encore à pouvoir prouver ces attitudes si vous en attendez réparation.

12. Manque de perspectives d’évolution

L’absence d’opportunités de mobilité, de formation ou d’évolution professionnelle doivent vous mettre la puce à l’oreille sur la santé de l’entreprise.

Si les perspectives d’évolution font partie de vos leviers de motivation et que vous vous sentez coincé et sans ressources, il est sans doute temps d’agir.

13. Un turnover trop élevé ou trop faible

Des équipes qui se renouvellent trop souvent (turnover supérieur à 15 %) et un absentéisme élevé peuvent être les symptômes d’un collectif désengagé par rapport à la mission de l’entreprise et le signe d’une entreprise désorganisée.

Toutefois, certaines entreprises ont des taux de turnover élevés par nature. Elles emploient des « mercenaires » qui passent rapidement d’une société à une autre sans que leurs structures d’accueil n’en soient fragilisées. Dans ce cas, à vous de voir si ce modèle vous correspond.

À l’inverse, une entreprise dont le turnover est trop bas peut indiquer un manque de dynamisme et une incapacité à injecter du sang neuf dans l’équipe. Pour elle, il existe un « bon » turnover qui renouvelle la vie de l’entreprise et permet aux salariés d’évoluer.

14. Vous subissez un burn-out, bore-out ou brown-out

Le burn-out correspond à un « épuisement physique, émotionnel et mental qui résulte d’un investissement prolongé dans des situations de travail exigeantes sur le plan émotionnel » (source : Haute Autorité de Santé).

Le burn-out résulte généralement d’un écart trop important entre une personne et les conditions de travail dégradées qu’elle rencontre.

Le bore-out et le brown-out sont aussi des maladies professionnelles liées à un ennui chronique et pathologique au travail. 71 % des salariés français déclarent s’ennuyer au travail (sans pour autant déclarer de situation de bore-out). Une charge de travail insuffisante, des missions qui sortent du champ de compétences et un manque de sens (brown-out) sont les causes principales génératrices de bore-out.

Si les causes de ces affections sont à rechercher en soi, une situation professionnelle malsaine peut accentuer ou déclencher leur apparition.

15. Sachez vous écouter

Il est important de savoir s’écouter. Si vous n’arrivez pas à mettre le doigt sur ce qui cloche, mais que « vous ne le sentez pas », sachez prendre ce micro-signal en considération.

Un environnement de travail n’a pas besoin d’être toxique pour que vous ressentiez un manque d’alignement entre votre personnalité et la culture de l’entreprise. À vous d’identifier une situation qui ne vous convient pas et de prendre les meilleures décisions pour vous.

Comment réagir dans un environnement de travail toxique ?

Une fois que vous avez identifié votre situation professionnelle ou un collègue comme toxique, reste à prendre les bonnes décisions : partir en lutte contre un manager ou une organisation toxique ou lâcher prise et préparer sa transition professionnelle ? La décision reste la vôtre.

Voici trois pistes pour vous aider dans votre choix.

1. Face à un manager toxique, essayez ces trois réponses

    1. Restez lucide pour analyser la situation le plus froidement possible et la traiter de manière pragmatique.
    1. Ouvrez la discussion : jouez la carte de la communication. Même si vous pensez que c’est perdu d’avance, vous pourriez avoir de bonnes surprises. Remontez les situations rencontrées, faites votre rapport d’étonnement auprès des dirigeants (N+1, N+2), surtout en présence de situations mettant en cause la sécurité, l’intégrité et le bien-être des salariés.
    1. Formez-vous à la gestion de conflit : soyez proactif, incarnez le changement que vous attendez. Suivez un coaching en communication non-violente et gagner en leadership. Ne laissez rien passer, mais dans le plus grand des calmes, avec professionnalisme et élégance. Vous vous remercierez plus tard (pas plus tard que dans le paragraphe n°3 de ce chapitre).

    Pour aller plus loin, lisez aussi : Que faire face à un manager toxique ?

    2. En cas d’échec des négociations, organisez votre transition professionnelle.

    Quand vous avez tout essayé et que vous faites toujours face à une situation problématique insoluble, il est temps d’organiser votre fuite.

    3. Enfin, restaurez votre confiance en vous et votre estime de soi

    SI vous avez appliqué les principes de base d’une communication claire et non-violente, vous pouvez déjà être fier de vous. Quoi qu’il arrive, vous pourrez sortir de ce conflit la tête haute en sachant que vous avez fait le nécessaire pour sauver la situation.

    Maintenant, il est important de prendre soin de vous, faire le deuil de cette période, réguler vos pensées et vos émotions négatives, et vous concentrer sur votre avenir.

    N’hésitez pas à vous faire accompagner pour retrouver la confiance et préparer la prochaine étape de carrière.

    Conclusion

    Un environnement de travail toxique est délétère pour l’ensemble des partie-prenantes. C’est un deal perdant-perdant, même pour ceux qui croient en sortir victorieux sans rien changer à leur attitude.

    Un ultime conseil pour vous : essayez d’adopter le parti de l’extrême distance vis-à-vis des terreaux malsains. Sachez reconnaître les signes, anticiper les situations impossibles et agir pour les éviter ou en sortir en ayant subi un minimum de dégâts. Prenez le temps de vous reconstruire et de réimaginer un projet professionnel épanouissant qui vous transporte.

    Glassdoor est né de la volonté de bâtir un monde du travail plus sain et à l’écoute de ceux qui œuvrent au quotidien.
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    Sélim Niederhoffer

    Sélim Niederhoffer

    Sélim Niederhoffer est un auteur expert sur le sujet de la carrière et de l'emploi pour le blog de Glassdoor. Découvrez son expérience et ses articles.