Conseils et Témoignages
Comment mettre en place la semaine de 4 jours ? 3 entreprises témoignent
Guillaume Coudert
Guillaume Coudert, auteur et expert carrière à Glassdoor | 4 sept. 2020
Travailler 35 heures sur 4 jours, ça vous tente ? Être de repos 3 jours sur 7, c’est aujourd’hui possible grâce à la semaine de 4 jours.
Crise économique, chômage, vagues de licenciement… Les dernières années ont été sources de questionnements sur le temps de travail idéal à appliquer en entreprise.
Si certains prônent le « travailler plus pour gagner plus », d’autres militent pour une réduction du temps de travail. C’est notamment le cas en Nouvelle-Zélande où la Première Ministre souhaite passer à cette fameuse semaine de 4 jours pour relancer les secteurs de l’hôtellerie et du tourisme, le temps libre dégagé pour les ménages leur laissant plus de temps pour consommer ce type de services.
Microsoft Japon l’a également récemment expérimenté avec succès et, cerise sur le gâteau, l’entreprise a directement augmenté sa productivité de 40%.
Si l’on revient même 30 ans en arrière, alors que la crise économique de 1993 fait rage, le schéma a été adopté en Allemagne par Volkwagen pour permettre le maintien dans l’emploi des salariés et de licencier le moins possible.
Si l’on revient en France, l’idée de Pierre Larrouturou, ancien Ministre à l’initiative de la première loi en faveur de la semaine de 4 jours en 1996, est que réduire le temps de travail permet de mieux le partager entre salariés, et donc de baisser le chômage.
A la question de savoir si la semaine de 4 jours pourrait nous aider à traverser la crise, plusieurs approches existent.
Pour y répondre, nous avons interrogé trois entreprises ayant concrètement expérimenté le sujet :
- Yprema, pionnière de la pratique puisqu’elle a adopté ce modèle depuis 1997 avec beaucoup de succès.
- Welcome To The Jungle, ayant plus récemment proposé à ses salariés de travailler 4 jours par semaine.
- Love Radius, avec le témoignage d’une salariée plus que satisfaite de la démarche de son entreprise.
- Les avantages et les inconvénients liés à la semaine de 4 jours ;
- Comment ce système peut concrètement être mis en place par votre employeur.
Yprema, pionner français de la semaine de 4 jours
Claude Prigent, Président d’Yprema, société spécialiste de l’économie circulaire, suit depuis toujours les évolutions sociales dans l’entreprise. En 1997, c’est donc tout naturellement qu’il profite de la loi Robien permettant de réduire le temps de travail des salariés tout en bénéficiant d’allègement de charges pour passer l’ensemble de ses effectifs à la semaine de 4 jours. Le principe ? Proposer aux salariés de passer de 39 heures de travail hebdomadaire sur 5 jours à 35 heures sur 4 jours, le tout sans réduire leur rémunération. Pour que cela puisse se mettre en place concrètement, Yprema a dû se réorganiser. Afin que l’entreprise continue à tourner à temps plein, il a fallu recruter de nouveaux salariés et doubler certains postes. Il a également été nécessaire de répartir le temps de travail différemment entre salariés, lesquels travaillent désormais un jour de moins par semaine et 45 minutes de plus par jour. Vous me suivez ? Au final, tout le monde semble gagnant :- Le salarié, bien que faisant des journées un peu plus longues, bénéficie d’une journée non travaillée en complément de son weekend. Pour certains, le dispositif a même donné l’impression de bénéficier d’une augmentation de salaire, avec l’effet booster que cela peut avoir sur la motivation. Le tout ajouté à une réduction de la pénibilité au travail liée à une journée de récupération supplémentaire chaque semaine, chacun comprendra l’intérêt de la démarche.
- Côté entreprise, les intérêts sont également multiples. Le temps de production journalier étant augmenté de 45 minutes, on arrive chez Yprema à 12% de productivité en plus, ce qui revient à un mois de gagné sur l’année par rapport à un système classique de 5 jours travaillés par salarié.
La semaine de 4 jours chez Welcome to the Jungle
Pour approfondir le sujet, nous sommes allés à la rencontre d’une autre entreprise, celle-ci spécialisé dans le domaine de l’emploi, qui a également expérimenté la semaine de 4 jours : Welcome to the Jungle. Pierre-Gaël Pasquiou, associé et Head of Business, a accepté de répondre à nos questions. Quels seraient selon toi les avantages et inconvénients de la semaine de 4 jours ? Les inconvénients de la semaine de 4 jours sont à mes yeux essentiellement liés au fait qu’il existe relativement peu de retours d’expérience permettant de mieux anticiper les enjeux d’organisation liés à une mise en place de ce type. Tout comme le fait qu’il n’existe pas grand-chose en termes d’études poussées permettant d’en démontrer ses bénéfices. Ça implique de tâtonner un peu au début et surtout de suivre des indicateurs permettant de mesurer les impacts sur le bien-être des équipes, la productivité, la satisfaction des clients, etc. On a d’ailleurs pour ambition de partager le fruit de notre expérience pour aider d’autres entreprises désireuses de sauter le pas ou d’alimenter celles qui cherchent des informations pour nourrir une réflexion autour de ce sujet. Côté avantages, ils sont multiples mais pour résumer les trois les plus importants à mes yeux :-
Meilleur équilibre vie professionnelle / vie personnelle
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Optimisation du temps
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Marque employeur
La semaine de 4 jours chez Love Radius
Entreprise industrielle d’un côté, start-up de l’autre… Le modèle de la semaine de 4 jours semble adapté à différents types de structures. Mais qu’en est-il du point de vue des employés ? Marion, salariée au sein de la société Love Radius qui conçoit et commercialise des porte-bébés, a également accepté de répondre à nos questions. Comment le dispositif a-t-il été mis en œuvre chez Love Radius ? En 2016, les 1er et 8 mai tombent des lundis. Nous travaillons donc sur des semaines plus courtes avec un week-end de 3 jours. Le co-fondateur de Love Radius, Olivier Sâles, qui s’intéressait depuis longtemps à une façon de manager différemment (et notamment à la lecture d’un article de Basecamp sur ce type de management) a pensé qu’il serait judicieux de mettre cela en place en ne travaillant que 4 jours par semaine, du lundi au jeudi. Il nous a alors interrogés sur ce que l’on avait pensé de ces 3 jours de week-end, sur notre façon de travailler… Forcément, tout le monde a été enthousiaste. On commence alors par le tester une semaine sur 2 mais finalement, pour l’étendre finalement à toutes les semaines de mai à fin août car ça fonctionne. Chacun se réorganise, apprend à travailler mieux et surtout à se concentrer davantage. Bien entendu, il n’est pas question de faire des heures supplémentaires ni d’avoir un salaire moins élevé ! Quels avantages perçois-tu à travailler de cette manière ? Forcément, pour nous, il y en a plein. On est plus motivés à venir, plus concentrés, on a plus de temps en famille… Y trouves-tu des inconvénients ? Il n’y en a pas vraiment. Il faut bien s’organiser, apprendre à hiérarchiser mais c’est un plus pour la suite. Lors du retour à la normale en septembre, on a le sentiment d’avoir plus de temps, de se concentrer sur de nouvelles tâches, de savoir ce qui passe en priorité ou non. Cela fonctionne pour tous les corps de métier dans notre entreprise. Si vraiment il y a une demande urgente le vendredi, il peut nous arriver de la traiter mais ce n’est pas la norme et cela n’arrive jamais.En résumé…
Bien qu’encore très peu répandue dans les entreprises aujourd’hui, la semaine de 4 jours séduit de plus en plus d’employeurs. A la clé de ce type d’organisation : un temps de travail mieux réparti, des gains de productivité et un équilibre vie privée / vie professionnelle amélioré pour les salariés. Si la plupart des employés sont aujourd’hui convaincus par la semaine de 4 jours, beaucoup d’idées reçues courent encore. Force est pourtant de constater qu’en proposant aux salariés de travailler moins longtemps tout en permettant à d’autres de trouver un emploi, l’entreprise y trouve son compte. A la question de savoir si la semaine de 4 jours peut sauver notre économie de la crise, la réponse est à moitié trouvée. L’adage de Pierre Larrouturou « travailler moins pour licencier moins » veut qu’en réduisant le temps de travail, il est mieux partagé entre salariés et le chômage baisse. En parallèle, les machines et autres bureaux sont utilisés plus longtemps quotidiennement et l’entreprise reste ouverte 5 jours sur 7, le tout permettant d’augmenter la productivité. La semaine de 4 jours s’imposera-t-elle comme la norme du produire plus en travaillant moins ? Lentement mais sûrement…Guillaume Coudert
Guillaume Coudert est un auteur expert sur le sujet de la carrière et de l'emploi pour le blog de Glassdoor.
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