Le métier d’acheteur : comment le devenir, quelle formation, quel salaire ?
Sélim Niederhoffer
Sélim Niederhoffer, auteur et expert carrière à Glassdoor | 18 déc. 2020
Acheteur ? Non… Pompier, enseignant, pilote d’avion, influenceur… mais pas acheteur ou acheteuse : peu d’enfants se réveillent un jour en disant à leurs parents « Je veux devenir acheteur ! »
Nos séries télé et nos films présentent toujours les mêmes métiers : policier, pompier, avocat, journaliste, mais le métier d’acheteur est méconnu. Son frère jumeau, le vendeur, le commercial est le héros : c’est celui qui vend, qui a la tchatche, qui génère des millions de vente, mais personne ne parle de l’acheteur.
Il est grand temps pour nous de réparer cette injustice ! Découvrez comment devenir acheteur, le salaire d’un acheteur, et les qualités nécessaires pour réussir à ce poste.
Pour rendre le métier d’acheteur plus concret, nous avons interrogé 3 professionnels des achats, dont vous retrouverez les réponses ci-dessous.
Frédéric Novak dirige l’équipe achats chez Ferrero France.
Les deux autres, qui ont préféré rester anonymes, occupent les fonctions de Senior Manager Global Sourcing – Transportation chez un géant de l’agroalimentaire pour l’un, et Purchasing Manager Europe chez un leader de l’automobile pour l’autre.
Avertissement : l’auteur de cet article aussi a suivi une formation achats et logistique industrielle et fut acheteur puis consultant achats, avant de se rendre compte qu’il préférait Word à Excel (si vous aussi souhaitez changer de carrière, lisez notre article sur la reconversion professionnelle).
Le métier d’acheteur : définition courte
L’acheteur est responsable des achats des matières premières, bien et services nécessaires à l’activité de son entreprise. Il négocie les coûts, la qualité et les délais dans les contrats qu’il signe avec ses fournisseurs. Au sein de son entreprise, il travaille en étroite collaboration avec les services logistiques (approvisionnement), le marketing, le contrôle de gestion et la qualité. Il contribue directement à la marge de l’entreprise en permettant de maintenir des coûts bas : les achats sont une fonction stratégique, et le directeur des achats siège souvent au comité exécutif ou comité de direction.
Lorsque l’entreprise lance un nouveau produit, c’est le service achats qui est chargé d’identifier, sélectionner et qualifier les meilleurs fournisseurs lors d’appels d’offres. On parle alors de sourcing : l’identification des fournisseurs.
Combien gagne un acheteur ? Salaire d’acheteur
Le salaire moyen d’un acheteur en France est de 41.000 € par an. En début de carrière, le salaire d’un acheteur s’élève environ à 34.000 € par an. Le salaire dans le domaine des achats dépend de plusieurs facteurs : votre expérience évidemment, votre diplôme ou votre école, et le secteur qui vous recrute. Par exemple, les centrales d’achats pour les supermarchés ou la mode sont des secteurs qui paient généralement moins les acheteurs que dans l’automobile ou dans l’industrie agro-alimentaire.

Attention : un directeur achats gagne bien plus. En fonction de la taille du groupe et du portefeuille géré par le service achats, le salaire des acheteurs peut être plus élevé et celui du directeur achats avoisiner les 150.000 € par an.
➡️ Découvrez comment négocier votre salaire.
Les meilleures formations pour devenir acheteur
Même si vous êtes un très bon autodidacte, même si les achats se prêtent bien aux reconversions professionnelles, un diplôme d’une bonne formation achats rassurera les recruteurs.
Être abonné à l’Usine nouvelle et à La Lettre des Achats ne suffira pas pour convaincre sur vos aptitudes en sourcing, en logistique et en négociation.
Vous pouvez donc entamer une formation achats postbac, obtenir un diplôme Bac+3, Bac+5 ou Bac+6.
Pour convaincre un recruteur que vous êtes à votre place dans le secteur des achats, vous pouvez choisir une formation payée par votre employeur actuel, grâce à votre CPF (Compte Personnel de Formation) ou même prendre un congé de formation.
Voici une liste non exhaustive des mastères achats : (tiré du classement des meilleurs masters achats 2020)
- MAI - Management des Achats Internationaux et Innovation (chez Kedge BS)
- Master 2 DESMA Management Stratégique des Achats (à Grenoble IAE – Université Grenoble Alpes)
- Mastère Spécialisé Manager des Achats (MS) (chez Grenoble Ecole de Management)
- Mastère Spécialisé ® Gestion Achats Internationaux & Supply Chain (GAISC) à l’ESSEC
- Mastère Spécialisé® Purchasing Manager in Technology and Industry (MS PMTI) (à Centrale Supelec)
Pour convaincre le recruteur en face de vous, lisez notre article pour réussir votre entretien d’embauche.
1. Comment êtes-vous devenu acheteur, quelle formation avez-vous suivie ?
Frédéric Novak :
J’ai une formation business classique : classes préparatoires puis Ecole Supérieure de Commerce, que j’ai complétée par un Master spécialisé achats et supply chain. Les deux à Grenoble Ecole de Management. J’ai choisi de m’investir dans l’apprentissage de la fonction achats et ai effectué mes stages chez Reckitt Benckiser, puis Danone, puis L’Oréal. Ces trois stages dans les achats m’ont permis de bien lancer ma carrière.
Acheteur 2 :
BAC+2 (DUT GEA) / ESC (GEM) & Mastère Spécialisé en Alternance à GEM. L’alternance est à mon sens la bonne transition vers l’emploi pour ce type de formation. J’ai été embauché à la suite de mon alternance, parce que mon employeur a eu le temps de me former pendant cette période d’alternance. J’étais donc opérationnel dès le premier jour de mon CDI.
Directeur Achats 3 :
Je suis devenu acheteur directement après mes études. J’ai réalisé 2 années de classes préparatoires avant d’intégrer une Ecole Supérieure de Commerce où j’ai notamment suivi des cours de spécialisation en Achats.
2. Peut-on devenir acheteur sans diplôme ?
Frédéric Novak :
Tout dépend de ce qu’on met derrière le job et le titre (tous les postes d’acheteur ne se valent pas). Néanmoins, dans une fonction achats au sens propre du terme, avec de vrais impacts sur la stratégie d’une entreprise, un diplôme paraît inévitable, le plus souvent une grande école de commerce ou d’ingénieurs. Mais d’autres types de formations sont de plus en plus recherchées.
Acheteur 2 :
Si cela était surement le cas il y a encore 30 ans quand la fonction achats se développait et gagnait en maturité et en positionnement stratégique au sein des entreprises, cela me paraît fortement improbable au sein d’un grand groupe aujourd’hui. On ne va plus aux achats « par hasard » ou « par défaut ».
Directeur Achats 3 :
Il n’est pas obligatoire d’avoir une formation de niveau Bac+5 pour devenir acheteur, mais le niveau d’études exigé a tendance à augmenter. Une formation de niveau Bac+3 constitue aujourd’hui un minimum pour entrer dans ce métier.
3. Quelles sont les compétences nécessaires pour réussir dans ce poste ?
Frédéric Novak :
Une capacité à intégrer une grande quantité de paramètres pour les transformer en problématiques simples, afin de guider l’entreprise dans ses choix. En cela, beaucoup de qualités peuvent être mobilisées, à des degrés divers selon l’entreprise et sa vision des achats, selon le portefeuille et ses spécificités, et également selon l’avancement de la carrière : analyse, envie et capacité de convaincre, compréhension rapide des enjeux. La qualité de négociation qui semble centrale quand on regarde les achats depuis l’extérieur est finalement subordonnée à la structure, la méthode, la réflexion qui alimentent la négociation en elle-même.
Acheteur 2 :
Une bonne combinaison de hard et soft skills est nécessaire.
Hard skills : comprendre le marché, capacité d’analyse, esprit/capacité de synthèse, management projet.
Soft skills : conduite du changement, communication and capacité à influencer la prise de décision, agilité, ouverture d’esprit et volonté de faire avancer les choses, capacité à manager l’ambiguïté et à prendre des décisions même si toutes les infos ne sont pas disponibles. Capacité à parler le franglais aussi.
Directeur Achats 3 :
Un bon acheteur doit être curieux, faire preuve d’adaptabilité et disposer de compétences relationnelles pour évoluer et communiquer dans un environnement multiculturel. La maîtrise de l’anglais est obligatoire. Bien entendu, il doit également savoir négocier et avoir des notions financières et juridiques. En fonction du type d’achats, une expertise technique peut être incontournable.
4. Quel est votre rôle au sein de l’entreprise ?
Frédéric Novak :
Les achats jouent le rôle d’interface entre les besoins de l’entreprise et le marché, tout ce que l’entreprise choisit d’obtenir de ses fournisseurs et tout ce que les fournisseurs peuvent apporter. Nous guidons le choix du ou des meilleurs fournisseurs en influençant la définition du besoin interne d’une part et en cherchant les fournisseurs les plus adaptés à ce besoin d’autre part. Dans certaines structures, la dépense fournisseur peut dépasser 80% du chiffre d’affaires total. En somme, pour 1€ de revenu, plus 80 centimes sont dépensés auprès de fournisseurs. Sans optimiser ces 80 centimes (en coût mais surtout en valeur), aucune chance d’être rentable.
Acheteur 2 – n’a pas souhaité répondre à la question.
Directeur Achats 3 :
Ma mission est d’établir et de maintenir un panel fournisseurs le plus compétitif possible et durable dans le temps. Pour cela, j’anime une équipe d’acheteurs qui réalisent des sourcings de composants et pilotent la performance « Qualité-Coûts-Délais-Sociétale » des fournisseurs qui livrent nos usines et participent au développement de nos futurs produits.
5. A quoi ressemble une journée type d’acheteur ? Vous travaillez avec qui ?
Frédéric Novak :
Le job étant théoriquement très peu opérationnel, il n’y a pas de journée type. Tout est axé autour de la compréhension du besoin des clients internes et de l’offre des fournisseurs, et bien sûr de la réflexion pour faire coïncider les deux. Dans certaines entreprises toutefois, l’acheteur est amené à jouer un rôle d’approvisionneur. Auquel cas sa journée va tourner autour d’un certain nombre de tâches opérationnelles.
Un des intérêts majeurs du métier réside dans la multiplicité des portefeuilles et l’opportunité de changer de monde à chaque changement de portefeuille. La découverte de ces mondes se fait en général dans un contexte privilégié. En tant que client, souvent important (seules les entreprises au-delà d’une certaine taille critique disposent de départements achats structurés), les portes sont grandes ouvertes et les interlocuteurs de qualité. Pour un esprit curieux, l’immersion peut être complète.
Acheteur 2 :
Cela va beaucoup dépendre du scope (Direct/indirect) du périmètre géographique (National, Continental, Global) et de la séniorité (stratégique/mgmt, vs. acheteur « série » (plus axé sur la gestion quotidienne) vs. acheteur « projet » (nouveau produit/lancement)).
Les interlocuteurs internes sont variés (toutes les fonctions de l’entreprise collaborent avec les achats d’une manière ou d’une autre) et les interlocuteurs externes aussi (fournisseurs bien sûr mais aussi consultants, fournisseurs de market intelligence…).
Sujets clés : réflexion stratégiques et long-terme, veille marché et innovations, revue de projets, suivi des indicateurs et identification des nouvelles opportunités et projets…
Directeur achats 3 :
Un acheteur est amené à traiter des problématiques ayant des horizons très variés. Au sein d’une même journée, il peut avoir à gérer un risque de pénurie de pièces à très court terme, analyser des tableaux de bord mensuels ou encore conduire une négociation pour des projets qui verront le jour dans 3 ans. Nous sommes en contact quotidien avec les fournisseurs et avec une multitude d’autres fonctions de l’entreprise : l’Ingénierie, le Produit, le Manufacturing, la Supply Chain, le Commerce et bien entendu les Finances.
6. Comment est évalué un acheteur ?
Frédéric Novak :
Historiquement, l’acheteur a toujours été évalué sur sa contribution à la marge, c’est-à-dire sur les savings (économies) réalisées, validées par le contrôle de gestion, et souvent vérifiées par des cabinets d’audit externe (parce que l’impact est direct sur le résultat comptable). Mais cette vision est très limitée, voire archaïque. Aujourd’hui, on cherchera plutôt à évaluer l’impact complet en termes de couverture du besoin, optimisation de la valeur fournisseur, protection de l’entreprise via des plans de contingence, la robustesse des contrats, etc…
Acheteur 2 :
Nous utilisons de nombreux indicateurs ayant pour objectif d’optimiser le trident coûts/qualité/services. Le curseur sera plus ou moins agressif sur chacun de ces objectifs selon le secteur d’activité, le positionnement (premium vs low cost) et la situation économique de la société.
L’acheteur est toujours évalué au moyen d’indicateurs financiers (économies réalisées = indicateur historique) mais de nombreuses sociétés adoptent une vision de plus en plus large, pour estimer la contribution d’une fonction achats en tant que contributeur à la croissance (parce qu’elle sélectionne et créé des partenariats avec les bons frs par exemple ou parce qu’elle amène des solutions et des technologies innovantes qui permettront de gagner en efficacité, en productivité ou contribueront à accélérer le lancement d’un produit ….) ou à la satisfaction clients et par conséquent à acquérir de nouvelles parts de marché (ex : une supply chain efficace permettant une disponibilité produits optimale en rayon).
Directeur achats 3 :
Dans mon secteur, le premier critère d’évaluation d’un acheteur reste sa contribution aux résultats financiers, que ce soit par l’optimisation des coûts fixes et variables, la réduction des investissements ou encore l’introduction d’innovation permettant d’améliorer le profit marginal de nos produits et services. Viennent ensuite sa contribution à la qualité de nos produits et services et au respect des délais, qu’il s’agisse de délais de livraisons ou de respect de jalons internes de développement de nouveaux produits. Enfin, nous regardons également la contribution de l’acheteur à l’amélioration de nos processus internes.
7. Et après acheteur, le poste de directeur achats ? Quelle évolution pour l’acheteur ?
Frédéric Novak :
Comme dans beaucoup de fonctions, l’acheteur performant et reconnu est amené à être promu sur des portefeuilles de plus en plus larges ou stratégiques, en intégrant une dimension managériale. En tant que directeur, mon rôle est d’assister mon équipe dans la définition des axes stratégiques de chaque catégorie, de créer une structure optimale en termes d’organigramme, de process, de projets transversaux afin de permettre à ces stratégies d’être efficaces. J’interagis également avec mes homologues des autres fonctions représentées au board, pour positionner notre voix et la rendre utile.
Acheteur 2 :
Effectivement, l’évolution hiérarchique logique mène vers une direction achats, mais de plus en plus de passerelles se développent, par exemple vers des métiers de la Supply Chain mais aussi vers des fonctions commerciales.
Directeur Achats 3 :
Après une expérience réussie en tant qu’acheteur, il est possible et naturel d’évoluer vers des postes de management au sein de la fonction Achats. Dans l’industrie, les Achats ouvrent également de nombreuses portes vers d’autres fonctions telles que le Manufacturing, la Supply Chain, les Finances ou encore l’Ingénierie pour ceux qui disposent d’un cursus technique.
Prêt à vous lancer dans le métier d'acheteur ? Mettez toutes les chances de votre côté en lisant note guide pour trouver un emploi.
Sélim Niederhoffer
Sélim Niederhoffer est un auteur expert sur le sujet de la carrière et de l'emploi pour le blog de Glassdoor. Découvrez son expérience et ses articles.



