La reconversion professionnelle : comment se réorienter avec succès ?
Sélim Niederhoffer
Sélim Niederhoffer, auteur et expert carrière à Glassdoor | 1 déc. 2020
2020 et 2021 vont voir la réorientation professionnelle en tête des réflexions personnelles de nombreux salariés.
Covid et crise sanitaire ont grandement participé à cette envie de changer de carrière, de changer de vie aussi et les coachs et consultants en reconversion sont débordés par les demandes de salariés qui songent à se réorienter.
Dans cet article, découvrez les 3 questions essentielles à vous poser pour bien réussir votre reconversion professionnelle, et toutes les astuces pour bien préparer votre nouvelle carrière !
- Option 1 : la reconversion professionnelle radicale
- Option 2 : la reconversion professionnelle progressive grâce aux compétences transversales.
- Option 3 : Avez-vous envisagé de prendre le temps de réfléchir à votre nouvelle carrière ?
- Bonus : Redonner un élan à votre carrière en allant travailler à l’étranger
Peu importe le contexte économique, nous sommes nombreux à vouloir changer de vie et à réfléchir à l’idée de reconversion professionnelle.
Après tout, elle est loin, l’époque où nos grands-parents travaillaient toute leur vie dans une seule entreprise, et où nos parents occupaient le même poste dans plusieurs entreprises successives.
De nos jours, de nouvelles demandes voient le jour chez les salariés, qui sont aussi citoyens et « consom’acteurs » : la quête de sens au travail, le besoin d’avoir un poste stimulant et utile pour les autres. Et qui paie, évidemment.
Face à certaines dérives du management qui n’arrive pas à se renouveler, face au harcèlement au travail, au racisme, au sexisme, au burn out, au bore out aussi, une des voies logiques pour aller mieux est de vouloir faire une reconversion professionnelle.
Voici les questions à vous poser si vous voulez changer de carrière et réussir votre réorientation. (Rien de pire que de foncer tête baissée dans un nouveau job, un nouveau domaine pas fait pour vous).

Pourquoi se reconvertir et changer d’orientation professionnelle ?
Parmi les clients qu’accompagne le coach en évolution de carrière Thomas Védrine, fondateur du cabinet Envol & Rebond, les motivations sont nombreuses pour changer de job :
« Il y a ceux qui s’ennuient et n’ont plus aucun challenge dans leur poste actuel, qui arrivent logiquement en fin de cycle.
Il y a ceux pour qui le travail ou l’entreprise n’a plus de sens, ils sont en vraie quête de sens.
Il y a aussi des salariés qui veulent savoir s’ils sont dépressifs parce qu’ils ne prennent plus de plaisir au travail, après un rachat, une fusion, ou un changement de direction.
Depuis la crise sanitaire de 2020, j’ai aussi beaucoup travaillé avec des salariés qui anticipaient la faillite de l’entreprise, et plus rarement avec certains qui en avaient assez d’être au chômage technique à la maison.
Dans tous les cas, ce que je remarque, c’est que l’âge moyen de cette remise en question a baissé en quelques années. Autrefois, on parlait de la crise de la quarantaine, désormais, il existe aussi la quarter-life crisis (la crise des 25 ans) chez les jeunes diplômés.
Tous se posent la même question : la reconversion professionnelle, OK, mais je fais quoi ? Je suis fait pour quoi ? »
Et en off, il nous confie aussi que certains salariés viennent le voir au bout du rouleau, ambiance « je déteste mon travail mais je ne peux pas démissionner. »
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Les 4 freins à la reconversion professionnelle : ce qui bloque ou fait peur
Si vous voulez changer de carrière et réussir votre reconversion professionnelle, il est important que vous soyez au courant des obstacles sur votre parcours.
Si vous identifiez les peurs suivantes chez vous, dès aujourd’hui, cela vous aidera à mieux les affronter au moment de rendre cette réorientation professionnelle réelle.
1. La plus grande peur, c’est la peur de l’échec. Votre plus grand ennemi : votre cerveau.
Notre cerveau est fait ainsi : il n’aime pas le changement, même quand celui-ci est nécessaire. Changer demande de l’énergie, de la volonté, or, notre cerveau est programmé pour consommer le moins d’énergie possible.
Dès que vous allez lui parler de changement de carrière, il va appuyer très fort sur le frein : ce n’est pas votre faute, nous sommes tous comme ça.
Alors que ce projet de nouveau job et de nouvelle vie semble stimulant, votre cerveau va commencer à vous envoyer des messages négatifs et alarmistes :
« Imagine, si ça ne recrute pas tant que ça dans ce domaine ? »
« Imagine, si tu n’arrives pas à valider ta période d’essai ! C’est comme si tu te jetais dans le vide et que tu prenais directement ta place dans la file d’attente de Pôle Emploi. »
« C’est risqué, non, après 13 ans dans la même boîte. Depuis quand tu aimes le risque ? Tu es au courant que dehors, c’est la crise ? Tu devrais être content d’avoir un CDI ! »
2. La peur du regard des autres est aussi un frein à votre reconversion.
Un autre obstacle que vous allez probablement rencontrer, c’est le regard des autres, le qu’en dira-t-on.
Vous étiez un brillant comptable, mais vous voulez ouvrir un stand de sport nautique au bord d’un étang ou d’un lac ? Comme 80% de ceux qui changent de voie, vous allez rencontrer de la résistance dans votre entourage.
Votre famille, vos amis, vos collègues actuels n’ont pas les mêmes rêves que vous : le statu quo, ça leur va très bien, et quand vous leur parlez de changement, ça leur fait peur car eux ne savent pas comment changer. Au fond, ils ne jugent pas vos capacités à vous reconvertir : c’est simplement le miroir que vous leur tendez qui leur fait peur.
Pour certains candidats à la reconversion professionnelle se pose aussi la question de la pression familiale : soit les parents qui tiennent à la carrière prestigieuse de leur enfant, soit le conjoint qui ne voit pas cette prise de risque et ce renouveau d’un très bon œil.
3. La peur du syndrome de l’imposteur peut nuire à votre reconversion professionnelle.
Pour certains d’entre vous, la nouvelle carrière rime avec « je lâche mon poste d’expert pour un nouveau statut de novice, de débutant. »
L’auteur Ryan Holiday a écrit un livre dont le titre est L’ego est l’ennemi. Souvent, nous prenons les décisions à cause de notre égo, à cause de notre statut social que nous ne voulons pas lâcher.
Quitter un poste à responsabilités pour recommencer plus bas dans l’échelle : en serez-vous capable ?
4. Le manque d’information, le manque de formations disponibles.
Le dernier obstacle est souvent une excuse, et vous pouvez y remédier si vous voulez vraiment trouver un nouveau travail : il s’agit du manque d’info.
Sachez que vous n’êtes pas seul : de nombreux sites internet sur la reconversion professionnelle existent, de nombreuses formations payantes ou même gratuites comme les MOOC existent en ligne, et vous pouvez contacter la plupart des professionnels qui prendront 15 à 30 minutes pour vous expliquer en quoi consiste vraiment leur travail et leurs missions.

Maintenant que nous avons identifié les obstacles à la reconversion professionnelle, concentrons-nous sur les solutions pour changer de métier et de voie !
3 techniques pour réussir votre reconversion professionnelle
Option 1 : la reconversion professionnelle radicale
Prenons l’exemple de Benoît Chaigneau, ancien chroniqueur de Stéphane Bern dans l’émission Comment ça va bien. Après des années de télévision, il est aujourd’hui restaurateur au Vietnam.
Autre exemple connu du milieu sportif, Stéphane Guivarc’h le champion du monde (de football, 1998) est aujourd’hui vendeur de piscines, alors que tous ses confrères sont consultants (Lizarazu, Leboeuf, Dugarry) ou entraîneurs (Deschamps, Blanc, Zidane), des reconversions assez « logiques », dans le même champ de compétences.
Pour les personnes « normales » qui passent d’un job « normal » à un autre métier tout aussi « normal », il y a tout un site très inspirant dédié à ces reconversions professionnelles. Il s’appelle Les Déviations et les témoignages de reconversion sont légions.
La voie la plus simple, si vous décidez de changer de carrière, est de faire une formation. Une formation qui vous délivrera un diplôme ou une certification, afin de rassurer les recruteurs, ou de rassurer vos futurs clients.
Option 2 : la reconversion professionnelle progressive grâce aux compétences transversales.
Tout le monde n’est pas prêt à faire le grand saut dans le vide. La plupart des évolutions professionnelles se font au sein de la même entreprise, dans une fonction adjacente, où certaines de vos compétences sont mises à profit.
Changer de poste en interne est la solution la moins risquée pour changer de vie sans perdre tout votre réseau ni votre ancienneté.
Nos conseils : rapprochez-vous de professionnels qui exercent le métier qui vous fait envie, rapprochez-vous de vos collègues et posez-leur des questions concrètes sur leurs journées.
Lisez cet article sur les compétences transversales pour préparer votre bilan de compétences.
Option 3 : Avez-vous envisagé de prendre le temps de réfléchir à votre nouvelle carrière ?
C’est l’option radicale que vous pouvez explorer : celle de faire un break, de prendre une année sabbatique pour vous chercher, vous trouver, vous reposer, et réfléchir vraiment à votre reconversion professionnelle.
C’est une technique privilégiée par ceux qui ont de l’argent de côté, bénéficie du chômage, ont le temps.
C’est aussi une piste envisagée par ceux qui peuvent compter sur leur confiance en eux, et un bon réseau pour revenir encore plus fort avec une nouvelle idée.
Si vous en avez marre de votre poste actuel et que vous souhaiter donner du sens à votre travail, faire une pause est un moyen radical de vous remettre en question.
Radicalement en faisant un break (pour ceux qui ont le cash, le chômage, le temps, l’envie, la confiance, le réseau pour revenir fort).
Bonus : redonner un élan à votre carrière en allant travailler à l’étranger
Parmi les cas de reconversion les plus urgents, on retrouve parfois des salariés qui se retrouvent au chômage et sans perspective parce que leur région n’est plus un bassin d’emploi, parce que leur spécialité est peu recherchée dans la zone géographique où ils habitent.
Qu’à cela ne tienne : si vous avez l’âme d’un aventurier et que vous êtes mobile, commencez à chercher votre future profession à l’autre bout du monde, chez les concurrents de votre ancienne entreprise.
Par ailleurs, le simple fait de parler français et une autre langue vous permettra d’être un candidat différent des autres si vous décidez d’aller travailler à l’étranger pour donner un nouveau souffle à votre carrière.

Comment se faire aider pour la reconversion professionnelle ? Quel accompagnement ?
1. Faire appel à un coach en reconversion professionnelle
Nous n’avons pas tous l’habileté d’un Leonardo di Caprio dans Attrape-moi si tu peux, cette capacité à nous glisser dans différents costumes du jour au lendemain.
Des personnes très douées, parfois connues, ont complètement raté leur reconversion professionnelle :
Usain Bolt voulait jouer à Manchester United… mais malgré sa vitesse de pointe inégalée, il n’a pas réussi à devenir footballeur.
Michael Jordan est un autre exemple : après 3 titres de champions NBA, il s’est essayé au baseball lors de sa première retraite… sans grand succès, avant de renfiler le maillot des Chicago Bulls où il a à nouveau conquis 3 titres consécutifs.
Réussir sa reconversion professionnelle peut être compliqué si vous tentez d’y arriver seul. Même si vous vous posez les bonnes questions :
« Est-ce que ce job est fait pour moi ? »
« Quelle branche recrute en ce moment ? » (tout le monde ne peut pas devenir data scientist, par exemple)
Un dernier point important est à prendre en compte : la reconversion professionnelle à 50 ans n’est pas la même qu’un changement d’orientation à 30 ans.
A 30 ans, ceux qui veulent évoluer ont souvent plus de perspectives, et sont souvent plus flexibles que ceux qui s’approchent de la fin de carrière.
Dans ce cas-là, n’hésitez pas à faire appel à un coach ou un consultant en reconversion professionnelle.
Il saura vous poser les bonnes questions, et vous aidera à trouver le point d’équilibre pour un nouveau poste :
- Qui vous fait plaisir, qui a du sens pour vous.
- Où vous exploitez vos compétences et êtes stimulé.
- Où vous allez bien gagner votre vie.
2. Faire une formation pour changer de métier : quel coût ?
Vous devez aussi évaluer les différents coûts que votre reconversion professionnelle va engendrer.
La formation (en ligne ou en présentiel) a souvent un coût. Elle peut être financée par votre employeur actuel, par votre CPF (compte personnel de formation) ou via le CIF (congé individuel de formation). Tout dépendra du prix de la formation.
Si vous êtes au chômage, Pôle Emploi vous proposera aussi de bénéficier de formations. Discutez-en directement avec votre conseiller, qui vous présentera la liste des prochaines formations, et de celles qui sont les plus adaptées à votre profil.
N’oubliez pas non plus de préparer votre famille à cette transition professionnelle. Changement de rythme, perte de salaire qui peut aller de 30 à 80% selon la nouvelle voie choisie : cette reconversion peut entraîner de grands chamboulements dans votre vie de famille. Expliquez votre projet à ceux qui partagent votre vie, afin qu’il soit mieux accepté. Le soutien des vôtres vous permettra d’atteindre plus vite vos objectifs.
3. Comment expliquer ma reconversion professionnelle sur mon CV et en entretien ?
Et une fois la formation effectuée ? Comment vendre cette nouvelle compétence aux recruteurs, parfois frileux de voir des profils atypiques ?
La première étape sera celle de la rédaction de votre nouveau CV. Essayez de trouver des liens entre vos anciennes missions et le nouveau poste que vous recherchez.
Faites la liste de toutes les missions communes, les compétences communes que vous pourriez mettre à profit dans votre nouvelle vie professionnelle.
Une fois en entretien d’embauche, face au recruteur, viendra forcément la question de l’expérience :
« Si je comprends bien votre CV, vous n’avez jamais fait [NOUVEAU POSTE]. Pourquoi est-ce que j’aurais confiance en vous ? Pourquoi est-ce que je vous recruterais, vous, sans expérience ? »
C’est le moment de jouer toutes vos cartes :
- Faites part de votre motivation, qui vous a poussé à vous former et à prendre ce risque.
- Faites part de votre vision pour le poste et l’entreprise.
- Faites jouer les compétences communes entre votre nouveau poste et l’ancien.
- Mettez en avant votre nouveauté, votre différence par rapport à tous les autres profils : une vraie valeur ajoutée !
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Sélim Niederhoffer
Sélim Niederhoffer est un auteur expert sur le sujet de la carrière et de l'emploi pour le blog de Glassdoor. Découvrez son expérience et ses articles.



