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Que faire face à un manager toxique ?

Sélim Niederhoffer

Sélim Niederhoffer

Sélim Niederhoffer, auteur et expert carrière à Glassdoor | 10 mai 2022

Le manager joue un rôle déterminant dans la qualité du climat de travail et l’épanouissement personnel de ses subordonnés. Toutefois, certains managers nuisent à cette dynamique positive et entraînent des conséquences majeures sur la santé de leurs employés et de l’entreprise. C’est ce qu’on appelle le management toxique.

Glassdoor est né de la volonté de dénoncer ces pratiques délétères. C’est pourquoi nous donnons la parole à tous les maillons de l’entreprise pour aider à construire le monde du travail sain et positif dont nous rêvons.

Qu’est-ce que le management toxique ?

Un management toxique est un style de management qui contribue à détruire la confiance en soi, l’efficacité, voire la santé des employés.

Une forme de gestion des personnels qui passe par des remontrances, des discours non adaptés au milieu professionnel et/ou des actions qui visent à mettre l’employé en porte-à-faux avec les règles de l’entreprise contre sa volonté.

Lire aussi : Ces 30 qualités humaines qui plaisent aux recruteurs (mais que ne possède certainement pas un manager toxique).

Les risques d’un management toxique

Les conséquences d’un management toxique pèsent d’abord sur le salarié victime d’abus managérial. Dans le meilleur des cas, celui-ci entre en conflit plus ou moins larvé avec sa hiérarchie et quitte l’entreprise.

Mais, le plus souvent, le salarié atteint dans sa dignité garde le silence sur sa condition de peur des représailles. Dans la culture d’entreprise, il est rare d’alerter son N+2 en cas de difficultés avec son N+1. C’est alors le burn out qui guette.

En France, 480 000 personnes en France seraient en détresse psychologique au travail et le burn-out en concernerait 7%, soit 30 000. Une étude du cabinet Technologia révèle un chiffre plus inquiétant : 12 % de la population active, soit 3,2 millions d’employés, présenteraient un “risque de burn-out”.

 Cette détresse psychologique engendre des conséquences sur les plans :

  • émotionnel : angoisses, appréhensions, tristesse.
  • somatique : douleurs au niveau du dos, maux de tête, troubles du sommeil, vertiges.
  • cognitif : épuisement professionnel qui ne permet plus de mener à bien ses missions.
  • comportemental : isolement et repli sur soi et parfois, suicide.

Le management toxique dans les grandes entreprises

Les vagues de suicide chez Renault en 2006, puis chez Orange en 2008 ou La Poste en 2016 ont défrayé la chronique et attiré l’attention du public sur des méthodes de gestion des ressources humaines condamnables.

Pour Renault, la Cour de cassation avait reconnu la faute inexcusable de la hiérarchie après le suicide de 3 employés à quelques mois d’intervalle.

Chez Orange, anciennement France Télécom, les dirigeants ont été condamnés pour harcèlement moral après que 30 employés ont décidé de se donner la mort en l’espace de deux ans.

La Poste, en proie à une restructuration massive, avait également essuyé une vague de 9 suicides entre 2013 et 2016, ainsi que 5 tentatives de postiers désespérés, sur leur lieu de travail. Une situation jugée préoccupante par les représentants du comité hygiène et sécurité, mais restée sans conséquences judiciaires pour les cadres du groupe.

Chez Michelin, ce sont 157 cas de harcèlement qui ont été décelés en 2020, provoquant 11 départs de l’entreprise. Une situation déplorable qui a conduit le patron de Michelin, Florent Menegaux, à communiquer sur le sujet en interne : « des comportements contestables ont persisté sans être signalés ni par les victimes ni par les collègues qui en étaient informés. Tout indique que la peur a permis à des situations de perdurer », postait-il sur l’intranet du groupe.

Les start-ups sont aussi génératrices de management toxique

L’univers des Start-ups n’est pas épargné par des attitudes discutables.

Fin janvier 2021, c’est la marque de bijoux LÕU.YETU qui était épinglée sur le compte Instagram “Balance Ta Start-Up”. Des dizaines d’anciens employés y dénoncent des conditions de travail déplorables : objectifs intenables, humiliations, menaces, licenciements abusifs, comportement tyrannique de la fondatrice de la marque…

Une situation critique qui a fait perdre à la start-up 67 000 abonnés en 10 jours sur Instagram, son réseau social de prédilection. Autres conséquences dans le réel : médecine du travail, URSSAF et Inspection du travail auraient été alertées à plusieurs reprises (source : Le Figaro).

En juillet 2021, c’est au tour du studio de podcasts Louie Media d’être vivement critiqué dans la presse et sur les réseaux sociaux. Média réputé pour sa défense du féminisme, de la diversité et de la liberté de parole, des salariées témoignent pourtant de souffrance au travail, d’humiliations et de burn-out, révèle l’hebdomadaire Télérama.

Plus récemment, en avril 2022, la prise de parole de Claire Despagne, CEO de D+ for Care, déplorant la pénurie de stagiaires prêts à travailler plus de 35 heures par semaine, a suscité l’ire des internautes (podcast Liberté d’entreprendre, 15 avril 2022).

Pas de comparution judiciaire pour de tels propos, mais la justice d’internet peut être impitoyable autant que démesurée. Les internautes ont réagi avec vigueur sur les réseaux sociaux, critiquant l’entreprise directement sur les outils d’évaluation de Google et faisant chuter la note de la Start-up à 1,1 / 5 (depuis, les commentaires négatifs ont été supprimés).

Surtout, l’entourage de Mme Despagne rapporte que celle-ci aurait reçu des menaces physiques sur elle, son équipe et sa famille.

La question du harcèlement, particulièrement au travail, déchaîne les passions. Mais, comment reconnaître un manager toxique ? Quels sont les types de profils que vous pouvez rencontrer ?

Lire aussi : Comment devenir manager (pas toxique)

Les 5 profils de manager toxique

Pour vous aider à identifier votre manager toxique, voici une classification de 5 profils nuisibles, proposée par Chantal Vander Vorst et Patrick Collignon dans leur ouvrage Le management toxique : Harcèlement, intolérances, missions impossibles... Comment s'en sortir ? (éditions Eyrolles, 2013) .

1. Le manager “despotique”

C’est le stéréotype du « petit chef » qui joue de son pouvoir hiérarchique, divise pour mieux régner et s’octroie les bénéfices du travail des autres. Humiliation et critique en public sont son modus operandi.

Que faire face à un manager despotique ? Exemplarité professionnelle et distanciation émotionnelle sont vos maîtres-mots. Renvoyez votre manager vers ses responsabilités. Plus facile à dire qu’à faire car c’est un profil avec lequel il est difficile de traiter.

2. Le manager “Mission Impossible”

Objectifs de travail inatteignables, attentes irréalistes, mission au périmètre flou. Le manager “Mission Impossible” est peu disponible et les échanges sont rares.

Comment réagir ? Vos maîtres-mots : communication et confrontation. Clarifiez les missions de chacun : quels sont les objectifs ? Quels sont les moyens à votre disposition pour les atteindre ? Sous quel délai ?

3. Le manager “antipathique”

Votre manager ne laisse rien passer, surtout les détails insignifiants, pour montrer votre incompétence.

Que faire ? Communiquez. Exprimez votre ressenti et faites comprendre que ce mode de management a des conséquences émotionnelles sur vous et votre productivité.

4. Le manager “Hyper”

Hyper dynamique, hyper encourageant… mais aussi hyper investi, hyper exigeant et hyper pressé… Une attitude motivante au début mais qui épuise rapidement votre énergie.

Comment réagir ? Rappelez l’étendue de vos missions et faites comprendre que même si votre façon d’agir est différente de la sienne, vous travaillez bien dans la même équipe et partagez le même objectif.

5. Le manager “4X4”

Doté d’une forte personnalité, le manager 4X4 est plus un meneur qu’un manager. Brillant et vif, il pêche par son incapacité à s’adapter au rythme de ses N-1.

Comment faire face ? Communiquez en plaçant la dimension humaine au centre du débat.

Les liens sont rompus ? Lisez : Comment annoncer sa démission

Nos 3 conseils pour faire face à un manager toxique

Voici 3 conseils en or qui vous aideront à réagir au mieux face à un manager problématique.

1. Restez lucide

Si vous êtes victime d’un manager “toxique”, analysez la situation le plus froidement possible. Gérez vos émotions. Identifiez la toxicité du manager sans vous voiler la face. Ce premier pas vous permettra une prise de recul émotionnel et d’envisager la stratégie à adopter avec calme et professionnalisme.

Note : consignez tous les faits par écrit dans un cahier personnel. Soyez factuel : notez la date, l’heure, le contexte et les faits (gestes, propos tenus, etc.). Sans jugement de valeur. Demandez également à votre manager de vous transmettre par écrit toutes ses demandes, surtout lorsqu’elles sortent du cadre de vos fonctions. Vous aurez ainsi des éléments tangibles pour vous appuyer face à votre N+1 dans l’éventualité d’une confrontation directe ou auprès des RH en cas d’entretien pour remonter les faits qui vous nuisent.

Si vous faites partie des RH, adoptez une écoute active et sans jugement des ressentis de vos employés. Incitez-les à verbaliser leurs problèmes lors d’entretiens individuels réguliers.

2. Ouvrez la discussion

Si possible, discutez avec le manager “toxique”. Maîtrisez les techniques de communication non violente afin de ne pas empirer la situation. Si vous le pouvez, évitez le rapport de force. Restez stable émotionnellement, neutre et surtout : factuel.

Si aucun échange n’est possible, contactez les ressources humaines, les syndicats et parlez-en à vos collègues. Ne restez pas seul, sondez et alertez votre entourage professionnel. Parfois, vous constaterez que le problème est déjà connu par la hiérarchie et que des actions sont en cours…

Si vous faites partie des RH, commencez par faire un bilan avec le manager : Comment se sent-il dans l’entreprise ? Rencontre-t-il des problèmes personnels ? Évoquez les non-dits et les malaises ressentis par les employés. N’incriminez pas le manager, montrez-lui votre volonté de trouver une sortie de la situation par le haut, dans un rapport gagnant-gagnant.

3. Formez-vous à la gestion de conflits

Opinion impopulaire : on est victime parce qu’on est “victimisable”. Soyez proactif. Incarnez le changement plutôt que d’attendre que les autres changent.

Par exemple, suivez un coaching en communication non-violente pour apprendre à mieux gérer les conflits et gagner en leadership. Apprenez à ne rien laisser passer avec calme, professionnalisme et élégance.

Nous vous recommandons aussi l’ouvrage Ne vous faites plus marcher sur les pieds, de Valentin Becmeur.

Cependant, il arrivera parfois que malgré votre bonne volonté, malgré votre lucidité, malgré votre volonté d’améliorer les choses, cette toxicité vienne de la culture d’entreprise. Parfois, les RH, vos N+2 et N+3 sont au courant de l’explosivité de la situation. Et ils cautionnent le comportement de votre manager toxique.

Dans ce cas, quand vous avez tout essayé et que vous êtes toujours victime de management toxique ?

Sélim Niederhoffer

Sélim Niederhoffer

Sélim Niederhoffer est un auteur expert sur le sujet de la carrière et de l'emploi pour le blog de Glassdoor. Découvrez son expérience et ses articles.