Conseils de carrière

Qu’est-ce que l'abandon de poste en 7 questions ?

Publié par Sélim Niederhoffer

Dernière mise à jour : 8 juillet 2022
|8 lecture min.

L’abandon de poste est une absence du salarié au travail sans justification ou accord de l’employeur. Une pratique de plus en plus répandue comme alternative à la démission. Mais abandonner son poste n’est pas un acte anodin. Et les conséquences financières sont à prendre en compte.

Quand peut-on parler d'abandon de poste ? Quels sont les risques et les avantages de l’abandon de poste ? Comment abandonner son poste ? L’employeur est-il obligé de licencier suite à un abandon de poste ? Peut-on toucher le chômage après un abandon de poste ? Si oui, en combien de temps ? Celui-ci est-il systématique ?

7 questions, 7 réponses pour tout savoir sur l’abandon de poste !

1. Abandon de poste : de quoi parle-t-on ?

L’abandon de poste n’a pas de définition légale en droit du travail. Il consiste en une absence d’exécution d’un contrat de travail sans pour autant être considéré comme une démission.

Quelques exemples :

  • absence régulière et sans justification du salarié sur les heures de travail,
  • pas de retour au travail du salarié après des congés ou un arrêt maladie,
  • départ brutal de l’employé après un conflit sur le lieu de travail.

Ainsi, le salarié qui quitte son poste de travail sans autorisation de l’employeur ou qui s’absente de manière prolongée ou répétée sans justificatif pendant ses heures de travail commet un abandon de poste.

L’abandon de poste est un mode de suspension du contrat de travail, au même titre que la démission ou le licenciement.

A contrario, la consultation d'un médecin justifiée par son état de santé, le décès d'un proche et le droit de retrait permettent au salarié de quitter son poste de travail sans autorisation de l’employeur. Ces trois motifs ne constituent pas d'abandon de poste.

2. Quels sont les risques et avantages pour un abandon de poste ?

L’abandon de poste évite au salarié de se rendre au travail lorsqu’une situation est intenable ou pour toute autre raison qui le concerne.

Mais attention, l'absence du salarié dans le cadre d’un abandon de poste suspend le contrat de travail. Lorsque l’abandon de poste est caractérisé, l’employeur sanctionne le salarié par une mesure disciplinaire.

Ainsi, la première conséquence d’un abandon de poste est pécuniaire : le salarié ne perçoit plus son salaire jusqu’à son retour éventuel.

À savoir : aucune allocation de retour à l’emploi ou allocation chômage n’est versée en l’absence de rupture du contrat de travail par un licenciement. Or, la procédure de licenciement peut être longue et retarder l’inscription à Pôle Emploi.

Pour l’employeur, l’abandon de poste par un de ses salariés constitue généralement une contrainte supplémentaire à supporter : manque de main d’œuvre, baisse de productivité, répartition des tâches sur les autres employés, etc.

3. Comment faire un abandon de poste en CDI ?

Simple : il suffit de quitter son poste de travail avant la fin de la journée ou de ne pas se rendre au travail pendant un ou plusieurs jours.

Ensuite ?

Tout employeur cherchera à vous joindre pour savoir ce qu’il en est. Après plusieurs jours d’absence, et sans nouvelles de votre part, l’employeur enverra une mise en demeure par courrier à votre domicile pour vous demander de justifier votre absence ou de reprendre votre poste.

4. L’employeur a-t-il obligation de licencier ?

Dans le cadre d'un abandon de poste, l'employeur n'a aucune obligation légale de licencier le salarié.

Tant que le contrat de travail est en cours, l'employeur n'est pas obligé de délivrer l'attestation destinée à Pôle emploi. Celui-ci a donc la possibilité de bloquer ou retarder la perception de vos droits au chômage. 

Le salarié est toujours absent au travail sans justification ? L'employeur peut alors déclencher une procédure disciplinaire.

Cette procédure peut aboutir à :

  • une sanction disciplinaire,
  • un licenciement pour cause réelle et sérieuse (qui peut ouvrir droit aux indemnités de licenciement),
  • un licenciement pour faute grave sans indemnités de licenciement.

En aucun cas, l'employeur ne peut considérer les absences prolongées et injustifiées du salarié comme une démission.

5. Combien de temps pour obtenir un licenciement lors d’un abandon de poste ?

6 semaines. C’est le délai dont dispose l’employeur à compter du constat de l’abandon de poste pour entamer une procédure de licenciement pour faute grave.

Au-delà de 2 mois à compter du constat de l’abandon de poste, l’employeur perd la possibilité de licencier le salarié ou de le sanctionner.

6. Peut-on toucher le chômage après un abandon de poste ?

Abandon de poste et indemnités de licenciement

Le licenciement du salarié, suite à un abandon de poste, peut être prononcé pour deux motifs distincts :

  • Licenciement pour cause réelle et sérieuse : la faute commise par le salarié ne perturbe pas le service de l’entreprise et son maintien dans l’entreprise n’est pas impossible. Cette procédure ouvre la possibilité de toucher les indemnités de licenciement.
  • Licenciement pour faute grave : l’absence a désorganisé le service et l’employeur est en mesure d’en apporter la preuve. Dans ce cas, pas d’indemnité de licenciement pour le salarié.

Droit au chômage et abandon de poste en CDI

L’article L5422-1 du Code du travail permet à tous les salariés privés involontairement de leur emploi de toucher le chômage.

Le type de licenciement (faute grave ou simple), n’a pas de conséquence sur le droit au chômage.

Seule condition pour déclencher le versement de l’allocation chômage (ARE) : être inscrit comme demandeur d’emploi à Pôle emploi dans les 12 mois suivant la fin du contrat de travail.

Droit au chômage et abandon de poste en CDD

Lorsqu’un salarié commet une faute durant un CDD, on parle de rupture anticipée du CDD (article L1243-1 du Code du travail).

L’abandon de poste suspend le CDD, et donc le salaire.

L’employeur peut rompre le contrat de travail à deux moments :

  • avant la fin du contrat de travail,
  • à la date prévue de fin de contrat : le salaire est alors suspendu pendant toute la durée allant jusqu’au terme du contrat.

La rupture anticipée du CDD est une sanction disciplinaire encadrée légalement (articles L1331-1 à L1334-1 du Code du travail).

Le salarié doit être convoqué à un entretien préalable par lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) ou remise en main propre. Ce courrier doit comporter l’objet, la date, le lieu et l'heure de l'entretien. Il doit aussi mentionner la possibilité de se faire assister.

Le salarié en CDD qui réalise un abandon de poste ne bénéficie pas de l’indemnité de fin de contrat, autrement appelée indemnité de précarité (article L1243-10 du Code du travail).

Il peut néanmoins s’inscrire à Pôle emploi et toucher le chômage.

Note : qu’il s’agisse d’un CDD ou d’un CDI, l’employeur doit remettre au salarié les documents nécessaires à l’inscription à Pôle emploi :

  • certificat de travail,
  • attestation Pôle emploi,
  • solde de tout compte,
  • récapitulatif de l'épargne salariale.

Droit au chômage et abandon de poste durant la période d'essai

En période d’essai, employeur et salarié peuvent rompre le contrat, sans justification ni dédommagement.

Le salarié qui ne se rend plus au travail, sans prévenir et sans autorisation, rompt la période d’essai.

Cet acte est assimilé à une démission. Il ne s’agit donc pas d’un abandon de poste. Le salarié n’a pas droit au chômage.

7. Suite à un abandon de poste, le chômage est-il systématique ?

Un employeur peut laisser traîner l’absence du salarié et ne pas engager de procédure de licenciement.

Pendant cette durée, le salarié est privé de source de revenus. Seul le licenciement autorise le salarié à s’inscrire à Pôle emploi pour toucher l’Allocation de Retour à l’Emploi.

Note : l'employeur peut saisir le Conseil de prud'hommes pour demander la condamnation de son salarié. À lui d’apporter la preuve que l'abandon de poste a causé un préjudice à l’entreprise.

3 alternatives à l’abandon de poste

L’abandon de poste ne représente pas la manière idéale de quitter une entreprise.

Voici 3 modes de rupture de contrat à envisager avant de “ghoster” votre employeur :

  1. la rupture conventionnelle : quand votre employeur accepte votre départ. À vous de négocier votre indemnité de départ volontaire. Vous pourrez, en plus, bénéficier de l’ARE versée par Pôle Emploi.
  1. la démission : à privilégier si vous avez trouvé un nouvel emploi. Vous partez en bons termes ce qui est toujours préférable, lorsque c’est possible. Pour partir plus tôt, posez des congés payés ou demandez à être dispensé de préavis de départ.
  1. la prise d’acte : si vous reprochez des faits graves à l’employeur. À manipuler avec précaution. Prenez conseil auprès d’un avocat spécialisé en droit du travail. Vous devrez engager une action devant le Conseil de prud’hommes pour faire reconnaître cette rupture du contrat de travail.

Trouvez l’entreprise que vous n’aurez pas envie d’abandonner