Que faire si vous n’avez pas envie de reprendre le travail après un congé maternité ?
Sélim Niederhoffer
Sélim Niederhoffer, auteur et expert carrière à Glassdoor | 4 févr. 2025
Votre congé maternité touche à sa fin et vous n’avez pas envie de reprendre le travail ? Dépression post-partum, phase de doute, volonté d’évoluer professionnellement, coût élevé de la garde d’enfant ou tout simplement l’envie de se consacrer à son nouveau-né peuvent être des raisons au manque de motivation pour reprendre le travail. Rassurez-vous, vous n’êtes pas seule dans ce cas. Avez-vous identifié les raisons de votre manque d’envie de retourner au travail ? Comment faire pour ne pas reprendre le travail après un congé maternité ? Que faire si reprendre le boulot comme avant est impossible ? Dans cet article, on vous aide à faire le point sur votre avenir professionnel au retour de votre congé maternité.
Congé maternité : identifier les raisons de son manque de motivation à reprendre le travail
Pour envisager les meilleures solutions, encore faut-il savoir où l’on a mal. Voici les raisons les plus courantes qui peuvent causer un manque d’envie de reprendre le travail quand le congé maternité touche à sa fin.
Un grand chamboulement
Donner vie à un petit être représente un chamboulement majeur dans la vie d’une femme et au sein du couple. Les longs mois de gestation, l’accouchement et le quotidien avec un nourrisson transforment le corps et l’esprit. Pour beaucoup de femmes, on peut parler d’un véritable trouble de stress post-traumatique périnatal (TSPT). Environ 4 à 6 % d’entre elles peuvent subir un stress post-traumatique après un accouchement difficile et 20 % éprouvent certains symptômes leur causant de la détresse (source : Science Direct).
Aussi, l’enfant devient central. Son arrivée transforme le couple. L’union qui était fondée sur une attirance mutuelle pivote partiellement ou totalement vers la parentalité : chacun doit apprendre de nouveaux gestes, adopter de nouvelles habitudes de vie tout en essayant de maintenir les liens amoureux à l’origine de l’heureux événement.
Ce contexte peut donner lieu à une véritable réflexion sur le sens de la vie et sur la nécessité de travailler. Hormis pour des raisons financières, reprendre le travail peut alors apparaître comme futile.
La fatigue
Conséquence du grand chamboulement de la maternité, la fatigue est une raison non négligeable d’un manque d’envie de reprendre le travail.
Sommeil haché, allaitement, inquiétude pour bébé, remises en questions ou tensions dans le couple peuvent mener à une réelle fatigue, voire une fatigue nerveuse.
Sur les 16 semaines légales du congé maternité, 10 semaines sont consacrées à la période postnatale. Or, à peine âgé de deux mois et demi, le nouveau-né fait tout juste ses nuits (dans le meilleur des cas) qu’il est temps de retourner au boulot. Comment, alors, reprendre le travail dans de bonnes dispositions ?
La culpabilité d’abandonner son bébé
Le sentiment de culpabilité vis-à-vis de bébé est un facteur important du manque d’envie de travailler. Confier son enfant à une autre personne, souvent extérieure à la famille (crèche, assistante maternelle, nounou à domicile…), et si tôt après la naissance, peut nourrir le sentiment d’abandonner son nourrisson.
Après des mois de couvaison et de fusion, le travail de séparation est aussi une phase délicate de la relation mère-enfant. Celle-ci peut sembler intervenir prématurément et sa perspective n’invite pas à se replonger dans l’ambiance du bureau.
Votre poste ne vous correspond plus
Mauvaise ambiance au boulot, manager toxique, changement des conditions de travail, peur de ne pas pouvoir concilier travail et maternité ou évolution de vos ambitions professionnelles sont autant de raisons de traîner des pieds.
Retrouver un environnement de travail avec lequel vous n’êtes plus en phase ne vous enchante guère et vous envisagez mille scénarios entre résignation et démission.
La peur de ne pas pouvoir concilier travail et maternité
Mener de front travail et maternité constitue une charge lourde, en particulier pour les mamans qui occupent un poste à responsabilité.
Vous craignez de ne pas être à la hauteur au travail comme à la maison. Enchaîner avec bébé après une longue journée de labeur vous fait redouter la reprise de votre emploi.
La pression de la société
À grands renforts d’expériences personnelles, vous entendez votre grand-mère, votre mère, vos amies, vos sœurs et vos collègues vous donner leur avis sur la question.
Pour certaines, la maternité n’a pas été le moment de joie tant attendu. Elles vous disent qu’elles n’ont pas eu de difficultés à reprendre le travail et qu’elles attendaient même leur retour au bureau avec impatience.
D’autres vous conseillent de ne pas reprendre votre poste ou d’aménager vos horaires de travail afin de profiter au maximum de votre enfant.
Vous êtes perdue et ne parvenez pas à mettre vos idées au clair.
Le coût élevé de la garde d’enfant
Malgré le crédit d’impôt associé et un coût horaire adapté aux revenus du foyer, le budget consacré à la garde d’enfants représente un coût important pour un ménage.
Pour une place en crèche ou pour embaucher une assistante maternelle, les prix peuvent varier d’environ 1 à 10 euros de l’heure, avant déduction d’impôt.
À hauteur de 9 heures de garde par jour, 5 jours par semaine, le coût de garde peut varier de 180 à 1800 euros par mois par enfant. Une situation frustrante quand vous êtes la meilleure personne pour garder votre propre enfant.
Comment retrouver l’envie de travailler après un congé maternité ?
Si vous n’avez pas le choix que de retourner au travail à la fin de votre congé maternité ou si vous êtes dans le doute, autant trouver une bonne raison de vous rebooster.
Faites le point sur votre identité et vos envies
Reprendre le travail ou non ? Si votre cœur balance, tentez de prendre du recul sur la situation et faites le point sur la personne que vous souhaitez devenir. Qui êtes-vous ? Quelle est votre « mission » ?
Être au clair avec vos envies est la meilleure façon de considérer les changements à apporter à votre vie et éventuellement, de repartir d’une feuille blanche. Dans ce cas, essayez de faire abstraction de l’avis de votre entourage et partez à la découverte de la meilleure solution à long terme pour vous, votre enfant et votre foyer.
Identifiez la cause de votre manque de motivation
Comprendre pourquoi vous n’avez pas envie de reprendre le travail après votre congé maternité est une démarche forte qui pourra vous permettre de prendre les bonnes décisions.
Fatigue passagère, risque de burn-out ou de bore-out ou incompatibilité réelle de votre travail avec votre vie de famille sont des situations différentes qui n'appellent pas les mêmes réponses.
Retrouvez nos 7 solutions dans la dernière partie de cet article.
Examinez vos finances
Quelle est la situation financière de votre foyer ? Pouvez-vous vous passer de votre salaire pour élever votre enfant ? Il faut bien manger, payer les factures et si possible, se faire plaisir. C’est le nerf de la guerre, la question financière est déterminante pour se décider à retourner au travail.
Pourtant, gardez à l’esprit que l’argent n’est qu’un moyen d’obtenir ce dont vous avez besoin et qu’il y a mille façons d’en gagner.
Si retourner au travail représente une contrainte insurmontable pour vous, il est peut-être temps de chercher un autre travail pour couvrir vos besoins pécuniaires tout en vous permettant de vous épanouir.
Considérez les avantages des modes de garde
Faire garder son enfant n’a pas que des inconvénients. Chez une assistante maternelle ou à la crèche, votre enfant vit de nouvelles expériences qui l’aident à grandir.
Bien que ces structures d’accueil n’appliquent pas de programmes d’apprentissages comme à l’école, votre enfant y apprend la vie en société au contact d’autres adultes et d’autres enfants. Il y apprend de nouvelles choses, manipule du nouveau matériel et utilise de nouveaux jouets…
Trouvez une structure sérieuse pour accueillir votre enfant, atténuer vos inquiétudes et faciliter la reprise du travail.
Gardez le contact avec vos collègues
Une conséquence possible du congé maternité est de s’enfermer chez soi pour se consacrer totalement au bébé. Mais se couper de sa famille, de ses amis et de ses collègues ne facilite pas le retour à la société.
Essayez de garder le contact avec vos collègues de travail pour conserver un lien avec votre environnement professionnel et vous tenir au courant de ses évolutions. Vous pourrez décider plus facilement si vous souhaitez reprendre ou non.
Et puis, certains collègues avec qui on s’entend bien savent donner envie de les retrouver !
Connaissez les obligations de votre employeur
Enfin, si vous craignez un retour au travail trop brutal, sachez que le congé maternité est encadré par la loi et que l’employeur a des devoirs envers vous :
- Interdiction de vous licencier ou décompter vos congés payés,
- Permettre de retrouver votre poste dans les mêmes conditions de travail,
- Garantir votre évolution salariale malgré votre congé,
- Vous laisser la possibilité d’allaiter votre enfant une heure par jour,
- Organiser un entretien professionnel de retour au travail,
- Prévoir une visite médicale.
Vous pouvez préparer votre retour au travail après votre congé maternité pour vous remettre dans le bain en douceur et dissiper vos appréhensions.
7 solutions pour éviter de reprendre le travail après un congé maternité
Si vous avez décidé de ne pas reprendre le travail après votre congé maternité, voici 7 propositions selon votre cas.
1. La prolongation du congé maternité
En France, le droit à congé maternité est de 16 semaines. Celui-ci peut être prolongé en cas de naissances multiples, de complications de grossesse ou d'accouchement, ou si le bébé est hospitalisé. Pendant le congé maternité, la mère perçoit des indemnités journalières de la sécurité sociale.
Prolonger votre congé maternité est une solution provisoire mais qui peut vous faire gagner du temps avec bébé et du temps de réflexion sur votre avenir professionnel.
2. Le congé parental d’éducation
Les mères ont droit à un congé parental d'éducation de 6 mois à 1 an, renouvelable jusqu'aux 3 ans de l'enfant. Ce congé permet de s'occuper de son enfant tout en préservant son emploi et ses droits sociaux.
Pour en bénéficier, vous devez justifier d’au moins un an d’ancienneté dans l’entreprise.
Vous pouvez prendre ce congé à temps plein ou à temps partiel. Dans ce deuxième cas, vous devez travailler au moins 16 heures par semaine et vous toucher un salaire au prorata de votre temps de travail.
Un congé parental à temps plein suspend votre contrat de travail et, en conséquence, n’octroie aucune rémunération.
Sous certaines conditions, vous pouvez bénéficier d’une aide versée par la Caisse d’allocations familiales (la PrePare).
Du 1er juillet 2022 au 31 mars 2023, son montant est de :
- 422,21 € par mois en cas d’arrêt total d’activité (congé parental à temps plein),
- 272,94 € par mois pour une activité égale ou inférieure à 50 %,
- 157,44 € par mois pour une activité comprise entre 50 et 80 %.
Si vous souhaitez prendre un congé parental, informez-en votre employeur par lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR), au moins 1 mois avant le terme de votre congé de maternité.
3.Le congé maladie lié à la naissance
20 % des nouvelles mamans sont en proie à la dépression post-partum. Ce syndrôme postnatal peut être vécu par la maman et le papa. Il atteint son pic trois mois après l’accouchement.
Si vous n’avez pas envie de reprendre le travail après votre congé maternité, c’est peut-être que vous éprouvez des symptômes de dépression post-partum.
Consultez votre médecin si vous constatez les manifestations suivantes :
- Profonde tristesse sans raison apparente,
- Épuisement permanent,
- Sentiment de dévalorisation ou culpabilité excessive (impression d’être un mauvais parent, difficulté à établir un lien avec son bébé),
- Anxiété extrême (surtout en ce qui a trait au bien-être de son enfant),
- Incapacité à s’occuper correctement de son enfant ou refus de passer du temps avec lui,
- Tendance à s’isoler,
- Idées suicidaires.
4. L’aménagement des horaires
Réduire votre temps de travail peut être un bon compromis pour allier vie professionnelle et temps avec bébé. Pourquoi ne pas demander un mi-temps ou un 80 % le temps que votre enfant devienne un peu plus autonome ?
Autre solution : négociez des jours de télétravail pour rester davantage à la maison et passer plus de temps avec votre nourrisson.
Bien que télétravailler et s’occuper d’un enfant en bas âge soit une cascade difficile à exécuter dans la réalité, le télétravail peut vous offrir plus de souplesse pour déposer et récupérer votre enfant à la crèche, par exemple. Encore faut-il pouvoir aménager son temps de travail en fonction des besoins de bébé.
5. La reconversion professionnelle
La naissance d’un enfant fait partie des grands chamboulements de la vie qui peuvent amener à tout remettre en question, à commencer par sa carrière professionnelle.
Même si c’est un moment angoissant de votre existence, essayez d’entendre les signaux et de saisir l’occasion pour réfléchir à vos envies profondes. Réaliser un bilan de compétences peut être une bonne idée.
Si vous voulez opérer ces changements professionnels en douceur, vous pouvez demander un changement de poste au sein de votre entreprise qui soit plus en adéquation avec votre nouvelle vie de famille.
Pensez également à la reprise d’études ou aux dispositifs de formation continue. Renseignez-vous auprès de votre entreprise, celle-ci peut vous aider dans votre évolution ou reconversion professionnelle.
Pourquoi ne pas demander un licenciement à l’amiable, par exemple ? Ce dispositif de rupture du contrat de travail peut vous permettre de quitter l’entreprise avec une belle somme tout en vous ouvrant les droits au chômage.
7. La création d’entreprise
Soyons clair, créer votre entreprise n’est certainement pas le moyen de bénéficier de plus de temps pour vous occuper de votre enfant.
Mais, en plus de vous épanouir dans une activité qui a réellement du sens pour vous, vous pourrez peut-être adapter vos heures de travail au rythme de votre enfant. Vous travaillerez autant, voire plus, que dans le salariat, mais vous pourrez organiser votre temps différemment.
La meilleure solution pour savoir si cette situation vous correspondrait est de vous rapprocher des mamans entrepreneures, les fameuses « mompreneurs ». Elles sont de plus en plus nombreuses à témoigner de leur parcours sur Internet et en particulier sur LinkedIn. Suivez-les !
8. La démission
Vous avez le droit de démissionner pendant votre congé maternité, pourvu que l’information à votre employeur respecte certaines règles, notamment l’envoi par LRAR ou par remise en main propre dans les 2 mois suivant la naissance de votre enfant ou au moins 15 jours avant la fin du congé de maternité.
Vous bénéficiez d’une priorité de réembauche dans votre entreprise pendant un an. Aussi, en cas de réemploi, vous récupérez les avantages que vous aviez acquis au moment de votre départ.
En cas de démission, mieux vaut avoir pesé le pour et le contre. Notamment, ce mode de rupture du contrat de travail ne vous ouvrira pas droit aux allocations chômage. Le manque d’argent pourrait compromettre une éventuelle reconversion ou vous mettre dans une situation délicate.
Assurez-vous donc d’être bien couverte avant d’opter pour ce choix.
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Sélim Niederhoffer
Sélim Niederhoffer est un auteur expert sur le sujet de la carrière et de l'emploi pour le blog de Glassdoor. Découvrez son expérience et ses articles.



