Les 5 phrases interdites en entreprise

Les 5 phrases assassines qui devraient être interdites au bureau

Sélim Niederhoffer

Sélim Niederhoffer

Sélim Niederhoffer, auteur et expert carrière à Glassdoor | 4 nov. 2024

Entretenir des relations saines au travail n’est pas chose aisée. Volontairement médisantes ou innocemment prononcées, certaines phrases de bureau sont même devenues chargées de sous-entendus au point que certains collègues les perçoivent comme des micro-agressions ou une attitude toxique. Comment éviter l’incident diplomatique entre collègues ? Comment contribuer à un climat de travail sain et serein ? Voici 5 des phrases qui ont le plus mal vieilli en entreprise et quelles alternatives leur offrir.

1. « Tiens, tu prends ton après-midi ? »

Il est 17h30 un vendredi. Vous êtes sur le point de passer la porte de sortie du bureau quand une voix s’élève dans votre dos : « Tiens, tu prends ton après-midi ? » 

C’est votre collègue qui reste plus tard et qui exprime sa jalousie feinte ou réelle de vous voir retrouver votre liberté avant lui (ou elle).

Qu’est-ce que ça veut dire ?

Cette petite phrase, qui peut être lancée innocemment ou sur le ton de la boutade, sous-entend que vous partez trop tôt. Et donc que vous n’en feriez pas assez au travail, voire que vous partiriez sans l’avoir terminé.

Une attitude qui contribue à culpabiliser des collègues qui ont peut-être simplement terminé leur travail ou qui ont peut-être commencé leur journée plus tôt.

L’idée potentiellement toxique derrière cette phrase est qu’en dehors du travail, point de salut. Or, si certains collègues se donnent corps et âme pour leur travail, n’oubliez pas que votre vie se joue en dehors du bureau.

Que faire à la place ?

Si votre collègue quitte le travail en laissant le reste de l’équipe en difficulté, attendez son retour pour discuter de la répartition des tâches de l’équipe en tête à tête et des conditions de travail.

Si votre collègue a terminé son travail, demandez-lui plutôt comment il s’organise pour être aussi performant, et apprendre de lui. Une manière bien plus puissante de manifester votre leadership.

2. « On fonctionne comme ça depuis 20 ans, tu vas pas révolutionner le système »

Cette phrase révèle une peur tangible du changement, un besoin de conformité qui consiste à décourager les collègues de sortir des sentiers battus pour suivre les process.

Qu’est-ce que ça veut dire ?

Sur le plan personnel, ce type de réaction nie les compétences techniques et l’autonomie de votre interlocuteur et le conduit à douter de son travail.

Au niveau de l’entreprise, c’est une incitation à rester dans l’immobilisme. Or, une entreprise qui n’évolue plus acte son arrêt de mort. D’où l’importance de bien évaluer la culture de l’entreprise que vous cherchez à intégrer pendant les processus de recrutement.

Que faire à la place ?

On n’apprend jamais mieux qu’en expérimentant soi-même. Si la méthode proposée par votre collaborateur n’a pas une incidence potentiellement grave sur la situation, pourquoi ne pas le laisser essayer sa façon de faire ?

Le changement fait peur parce qu’il implique d’adopter un nouveau regard sur les choses et sur soi-même. Changer une variable d’un processus bien rôdé peut enclencher de nouvelles dynamiques dont l’issue est incertaine.

Pourtant, la redécouverte de soi et de son environnement représente aussi de nouvelles opportunités d’évolution, de croissance (personnelle comme professionnelle) et d’épanouissement.

Votre interlocuteur est dans l’erreur ? Pourquoi ne pas lui proposer de partager quelques bonnes pratiques issues de votre expérience en le laissant libre d’adhérer à celles qui lui conviennent.

3. « Tu n’as pas répondu à mon mail »

Prononcée deux heures à peine après l’envoi du mail, votre collègue vous reproche gentiment de ne pas être à sa disposition, voire de manquer d’efficacité.

Que faire à la place ?

Comprendre et faire comprendre que les urgences des uns ne sont pas celles des autres.

Votre problème doit être traité urgemment et vous attendez une réponse rapide ? Dans ce cas, pourquoi ne pas expliquer dès votre premier mail que c’est un sujet urgent pour vous et pourquoi.

Les personnes qui justifient leurs actes obtiennent plus facilement gain de cause que ceux qui ne donnent aucune explication à leurs actions.

Sinon, passez un coup de téléphone à votre collègue pour discuter du sujet en direct avec votre lui.

Et si votre environnement de travail est vraiment trop pesant, découvrez notre Top 10 des métiers les moins stressants.

4. « Il faut qu’on parle »

Voilà une phrase inquiétante, surtout quand elle est prononcée par un supérieur, car elle annonce rarement une bonne nouvelle.

Qu’est-ce que ça veut dire ?

Votre interlocuteur vous laisse entendre qu’il a quelque chose d’important à vous dire, mais vous laisse mijoter jusqu’à l’heure ou le jour de l’entretien sans vous avoir informé de son contenu.

Un comportement toxique qui vous met dans une position angoissante en vous demandant ce que l’on va vous annoncer.

Que faire à la place ?

Si la phrase s’adresse à vous, demandez des clarifications rapidement de la part de votre interlocuteur ou essayez d’obtenir un rendez-vous immédiatement pour vous éviter quelques journées de stress.

Si c’est le genre de phrase qui vous échappe, remplacez-la par une version non-anxiogène et plus précise : « Tu es dispo pour un point sur le projet Y tel jour à telle heure ? J’ai pensé à quelques propositions qui pourraient t’intéresser. »

Quoi qu’il en soit, gardez le canal de communication ouvert et prenez le temps de détailler le motif de l’entretien.

5. « Je n’ai pas le temps pour ça »

La phrase que l’on entend généralement de son patron ou de son collègue surbooké, lancée sur un ton dédaigneux.

Qu’est-ce que ça veut dire ?

Voici une réponse assez dévalorisante pour la personne qui sollicite de l’aide, puisqu’elle pré-suppose que le temps de l’interlocuteur est plus précieux que le sien (cf. point 3 de cette liste).

Or, si tout le monde est occupé et sous pression au point de ne pas pouvoir aider ponctuellement un collègue, c’est peut-être le signe d’une désorganisation générale, d’un sous-effectif ou d’un manque d’esprit d’équipe.

Le revers de la médaille pour le collègue qui n’est jamais disponible pour aider ? Le risque pour ce dernier de ne pas obtenir d’aide quand il en aura besoin.

Que faire à la place ?

Si vous ne pouvez pas aider vous-même, réorientez votre interlocuteur vers une personne plus compétente ou plus disponible sur le moment. N’oubliez pas d’expliquer pourquoi c’est le cas.

Une proposition alternative : vous pouvez également repousser l’échéance : « Je serais ravi d’en discuter avec toi dès que j’ai fini ce reporting. Peut-on en discuter à telle heure ce soir ? »

Enfin, si vous avez un lien hiérarchique et une charge de travail à en frôler le burn-out, demandez à votre N+1 quelle tâche vous devez mettre en pause parmi celles qui vous ont été attribuées, pour vous occuper de la nouvelle.

Ainsi, vous poussez votre hiérarchie à prioriser les missions qu’elle vous a confiées tout en vous déresponsabilisant du manque d’avancée dans vos projets en cours.

BONUS. « T’es pas content ? La porte est ouverte. »

Cette phrase est généralement prononcée par un supérieur pour prendre le dessus sur une situation face à un employé qui le remet en question.

Qu’est-ce que ça veut dire ?

Remarque typique du « management par la peur », cette phrase toxique crée une pression permanente sur les collaborateurs qui craignent pour leur emploi au moindre faux pas, qu’il soit réel ou fictif.

En plus de tuer dans l’œuf toute prise d’initiative, ce type de comportement participe d’une ambiance de travail malsaine.

Que faire à la place ?

Si vous sentez que vous perdez le contrôle de vos émotions face aux arguments ou aux provocations d’un collaborateur, différez l’entretien à un moment ultérieur. Prenez le temps de réfléchir à la situation pour proposer des solutions au problème en cours.

En résumé

Avoir prononcé ou s’être entendu dire une de ces phrases une fois dans sa vie professionnelle ne fait pas de vous, ou de celui qui l’a prononcée, un collègue toxique. Comme pour tout, tout est affaire de mesure, de discernement ainsi que de contexte.

En clair, il faut savoir raison garder avant de se victimiser face à des propos extérieurs.

Ceci étant dit, apprendre la diplomatie, l’élégance et l’intelligence sociale est un investissement sur soi qui vous assurera toujours des retombées positives.

Apprenez à vous respecter et à accroître votre estime de soi de manière à ce que ce type de phrase vous glisse dessus, tout en estimant à leur juste valeur le pouvoir des mots et la capacité de l’être humain à surinterpréter et imaginer le pire.

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Sélim Niederhoffer

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Sélim Niederhoffer est un auteur expert sur le sujet de la carrière et de l'emploi pour le blog de Glassdoor. Découvrez son expérience et ses articles.