La mise au placard : comment réagir et comment s’en sortir ?

La mise au placard : comment réagir et comment s’en sortir ?

Sélim Niederhoffer

Sélim Niederhoffer

Sélim Niederhoffer, auteur et expert carrière à Glassdoor | 6 juin 2024

La mise au placard est une sanction disciplinaire qui n’en porte pas le nom. Elle correspond à une mise à l’écart de l’employé par son employeur, généralement dans le but qu’il quitte son emploi de lui-même. Diminution des tâches et des responsabilités, missions déconnectées du contrat de travail, isolement du salarié au sein de l’entreprise, sont des signes d’une mise au placard. Cette initiative de l’employeur est-elle légale ? Comment réagir face à une mise au placard ? Comment s’en sortir ? Glassdoor vous donne son master plan pour sortir par le haut de cette fâcheuse situation.

Qu’est-ce que la mise au placard ?

La mise au placard consiste pour un employeur à ne plus fournir à son salarié les tâches qui sont prévues dans son contrat de travail, dans le but de le pousser à la démission.

Cette demi-mesure est pour l’employeur un moyen de pousser vers la sortie un salarié qui ne peut être licencié pour raisons économiques, faute simple ou faute grave tout en évitant de régler des indemnités compensatrices.

Souvent cause de bore-out, la mise au placard voit le salarié dépossédé de ses missions principales et rend sa position dans l’entreprise inutile et dépourvue de sens.

Cette mise à l’écart se caractérise par une forme d’exclusion et d’isolement intellectuel comme physique du salarié concerné. Une situation qui nourrit un sentiment d’injustice chez l’employé.

Récemment, dans l’histoire du football français, on a vu l’équipe du PSG proposer un nouveau placard, appelé « le loft ». Les joueurs indésirables à l’été 2022 (car trop chers, et qui n’entraient pas dans les plans du nouveau coach) ont été priés de s’entraîner à part, et ont été incités à trouver un autre club s’ils voulaient du temps de jeu. 

Qui sont les placardisés ?

L’Institut du Salarié notait en 2014 que 80 % des personnels mis à l’écart seraient des cadres ou des managers. Toutefois, ces chiffres restent difficiles à établir car la mise au placard est une zone grise du marché de l’emploi et les ressources humaines ne tiennent évidemment pas ce type de statistiques.

D’après une étude de l’institut Montaigne et Kantar Public d’octobre 2022, la mise au placard concernerait 200 000 employés en France et coûterait 10 milliards d’euros par an.

Pour Dominique Lhuilier, auteur de Placardisés : Des exclus dans l'entreprise (éditions du Seuil, 2002), tous les salariés peuvent être victimes d’une mise à l’écart à tout moment de leur carrière et pour des raisons diverses :

  • Arrêt longue maladie, congé maternité, travailleur sénior à quelques années de la retraite, syndicalisme et autres raisons politiques.
  • Changement de direction, réorientation de ses objectifs, restructuration interne des tâches et du personnel.

Si vous pensez être victime d’une mise à l’écart au travail, sachez que la loi est de votre côté pour une raison très précise.

Mise au placard : ce que dit la loi

La mise au placard n’a pas d’existence juridique, ce qui rend la notion floue.

Toutefois, l’employeur a obligation de fournir au salarié le travail prévu dans son contrat (art. 1194 du Code civil) et de prévenir toute situation de harcèlement moral, dont relève la mise au placard (articles L1152-1 et suivants du Code du travail).

Deux éléments sur lesquels un employé mis au placard peut s’appuyer pour obtenir gain de cause.

Comment savoir si on est mis au placard ?

La mise au placard peut se démontrer de plusieurs façons. Voici quelques exemples de situations pouvant traduire une mise à l’écart :

  • Les missions qui vous sont confiées impliquent des responsabilités moindres ou sont devenues insignifiantes ;
  • Vous n’êtes plus informé d‘éléments nécessaires à la réussite de vos missions. Par exemple, vous n’êtes plus invité aux réunions ou vous êtes présent mais vos interventions ne sont pas prises en considération. Par conséquent vos performances diminuent et vos erreurs vous sont reprochées ;
  • Votre supérieur ou vos collaborateurs agissent sans vous en avertir ;
  • Vos plannings sont modifiés sans raison, sans que vous en soyez averti ;
  • Vous avez été isolé physiquement (dans un bureau éloigné, par exemple, ou sur le terrain d’à côté, pour reprendre l’anecdote du PSG) ;
  • Vos outils de travail ne sont pas mis à jour, renouvelés ou réparés ;
  • On vous dénigre ouvertement.

D’une manière générale, la mise au placard se traduit par une différence de traitement du salarié qui l’écarte de ses missions habituelles et/ou l’empêche de les réaliser.

Face à cette situation, veillez à adopter une attitude exemplaire pour en sortir la tête haute. Essayez d’appliquer les conseils suivants.

Comment réagir face à une mise au placard ?

Lorsque vous êtes confronté à une situation problématique au travail, la première chose à faire est de garder son calme. Vous évoluez dans un environnement dont certains acteurs vous sont hostiles et tout dérapage de votre part pourra vous être reproché.

Ensuite, essayez d’appliquer cette stratégie implacable en 7 étapes :

  1. Notez des faits précis : dans un cahier, consignez les tâches qui vous sont confiées et qui ne relèvent pas de vos missions contractuelles. Prenez le nom du manager qui vous les impose et la date.

Demandez une confirmation écrite pour chaque tâche hors contrat qui vous est demandée. N’hésitez pas à demander à votre supérieur un mail récapitulatif de ces missions « hors cadre ».

Demandez également des témoignages écrits de collègues qui seraient témoins de faits litigieux.

Soyez rigoureux et le plus exhaustif possible dans votre prise de notes.

Ne prenez aucun enregistrement vidéo ou sonore à l’insu de vos collaborateurs.

  1. Conservez vos notes : elles vous serviront plus tard, quand le temps sera venu pour vous de passer à l’action pour obtenir gain de cause. (Prud'hommes ?) 
  1. En attendant, montrez votre bonne volonté et restez aussi actif que possible au sein de l’entreprise. Cela vous permettra de vérifier que votre mise au placard est bien effective et d’accumuler les griefs imputables à votre employeur.
  1. Ne restez pas seul : échangez avec des collègues sur lesquels vous pouvez compter et prenez leur avis.
  1. Anticipez : quoi qu’il advienne, commencez à envisager la suite des opérations, selon les scénarios possibles. Que voulez-vous ? Souhaitez-vous rester dans une boîte qui vous tire vers le bas ? Pouvez-vous changer de département au sein de l’entreprise ? Quelles sont les conséquences possibles pour le supérieur qui vous met à l’écart ? Serez-vous capable de continuer à travailler sous ses ordres ? Une rupture conventionnelle est-elle envisageable ?

Vous questionner sincèrement sur les opportunités que vous présente cette situation a priori défavorable peut révéler des voix que vous n’osiez pas imaginer. Pourquoi ne pas tenter de les explorer ?

Peut-être est-il le moment de commencer à chercher un nouvel employeur.

  1. Demandez un entretien à votre N+1 : qu’il soit responsable ou non de votre mise à l’écart, détaillez calmement les faits auprès de votre supérieur hiérarchique direct et demandez la raison de ces changements concernant la nature de vos missions et de vos conditions de travail.

Profitez-en pour faire part de votre motivation et de vos ambitions ou pour faire votre autocritique. Le plus important étant de faire preuve d’honnêteté avec vous-même.

Peut-être ne s’agissait-il que d’un malentendu ? D’un défaut d’organisation et de répartition des tâches de travail ? Peut-être votre manager n’a-t-il pas voulu vous surcharger dans un moment délicat de votre vie ?

  1. Si la rencontre avec votre N+1 n’améliore pas la situation ou si vous ne souhaitez pas vous entretenir avec lui, faites remonter la dégradation de vos conditions de travail à votre N+2.

Dans ce cas, attention : le fait de ne pas respecter la voie hiérarchique pour faire remonter vos griefs peut être mal perçu.

Si vous choisissez cette option, soyez certain d’avoir réuni des éléments significatifs et objectifs d’une mise à l’écart. Montrez votre bonne foi et votre bonne volonté pour faire évoluer la situation et que celle-ci n’évolue pas malgré vos efforts.

N’hésitez pas à référer de votre situation aux Ressources Humaines et au syndicat. Ces derniers pourront vous aider à communiquer avec la hiérarchie, vous accompagner durant les entretiens et vous assister dans vos démarches.

En cas de harcèlement, les représentants du personnel pourront vous aider à contacter l'unité territoriale de la Dreets (Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités) où l'inspection du travail assure une permanence.

Quoi qu’il en soit, n’oubliez pas : montrez votre bonne foi et restez exemplaire. Si malgré vos efforts, la situation n’évolue pas ou se dégrade, passez à l’étape suivante de votre démarche.

Comment sortir d’une mise au placard ?

Si vos efforts pour arranger la situation avec vos supérieurs ont échoué, vous allez devoir faire un choix : rester dans une situation inconfortable à votre détriment ou en sortir même si l’issue vous mène vers l’inconnu.

C’est ici que l’étape n°5 du chapitre ci-dessus devient pertinente : faites le point sur vos envies, votre carrière et sur la manière dont vous appréhendez la situation. Souhaitez-vous rester dans cette entreprise, au sein de ce service ?

Explorez les possibilités suivantes :

Vous voulez rester dans votre entreprise

Pour des raisons pratiques ou personnelles, vous ne souhaitez pas quitter votre entreprise. Tant que le management sera le même, il vous sera difficile de retrouver votre poste et vos responsabilités.

Deux possibilités s’offrent à vous :

  1. Vous conservez votre poste et attendez que la personne responsable de votre mise à l’écart parte. Vous remettez alors votre bien-être au travail entre les mains des hasards du turnover dans l’entreprise pour améliorer votre situation.
  1. Vous demandez un changement de service ou d’équipe pour retrouver des fonctions à la hauteur de vos compétences.

Vous souhaitez quitter votre entreprise

Vous ne pouvez plus rester dans votre entreprise ? Saisissez cette opportunité pour dynamiser votre carrière.

Quelques possibilités :

  • Demandez une rupture conventionnelle : pour appuyer votre demande de rupture conventionnelle et obtenir les meilleures conditions de départ, faites savoir que vous avez constitué un dossier concernant la situation de mise au placard que vous avez subie.

Négociez votre rupture en mettant en avant le fait que vous y avez été contraint.

Renseignez-vous pour savoir à quelles indemnités compensatrices vous pouvez prétendre selon votre statut et votre ancienneté.

  • Posez votre démission : vous vous êtes repositionné sur le marché de l’emploi et vous avez obtenu une promesse d’embauche ? La démission est un pari risqué, mais elle pourra aussi être une option libératrice.

Attention toutefois, dans ce cas, vous perdriez toute indemnisation de fin de contrat et tout droit de percevoir des indemnités chômage. Soyez sûr de vous !

  • Saisissez la justice : vous ne souhaitez pas négocier votre départ ou n’arrivez pas à obtenir des conditions convenables ? Tournez-vous alors vers le Conseil de prud’hommes.

Deux solutions s’offrent à vous :

  1. La prise d’acte de la rupture du contrat de travail aux torts exclusifs de l’employeur ;
  1. La condamnation de votre employeur pour harcèlement moral.

Dans ce cas, consultez un avocat spécialiste en droit du travail. Il étudiera votre situation et vous indiquera plus précisément à quoi vous attendre en termes de délai et d’indemnisation pour le préjudice que vous avez subi.

Quelles solutions espérer en justice ?

À l’ère des réseaux sociaux et des hashtags #posetadem, #balancetastartup ou #balancetonagency, la parole se libère et les témoignages contre toutes les formes de management toxique se multiplient.

Mais si les poursuites en justice sont de plus en plus courantes, les procédures restent difficiles à mettre en œuvre : la charge de la preuve repose sur le salarié qui doit montrer son isolement soudain et la suppression de ses responsabilités.

Dans ce cas, il est possible d’intenter une procédure aux Prud’hommes afin d’obtenir la résiliation du contrat de travail.

Sachez que vous êtes tenu de rester dans l’entreprise pendant la durée de cette procédure. Si vous obtenez gain de cause, vous pouvez quitter l’entreprise dans les conditions habituelles d’un licenciement et obtenir une indemnisation. Dans le cas contraire, vous serez débouté et votre contrat de travail se poursuivra normalement.

Pour éviter la mise au placard, mettez toutes vos chances de votre côté.

Sélim Niederhoffer

Sélim Niederhoffer

Sélim Niederhoffer est un auteur expert sur le sujet de la carrière et de l'emploi pour le blog de Glassdoor. Découvrez son expérience et ses articles.